L??conomiste voit, d?un bon ?il, la reprise des op?rations d?injection de liquidit?s en Afrique centrale. Ce qui, de son avis, est propice ? la r?alisation de la politique d?import-substitution.
L?on entend parler d?injection et de retrait de liquidit?s par la Banque des ?tats de l?Afrique centrale (Beac). De quoi est-il concr?tement question?
La Beac est la banque centrale charg?e de r?guler la politique mon?taire au sein de la Communaut? ?conomique et mon?taire de l?Afrique centrale (Cemac). C?est la Beac qui d?cide de la quantit? de monnaie ? injecter ou de son retrait dans la sous-r?gion. La Banque centrale injecte la monnaie sur chaque exercice. Alors quand on parle d?injection de la monnaie, ?a veut dire que non seulement la Banque centrale d?cide d?injecter plus d?argent que d?habitude au sein des banques. Mais qu?en plus de cela, c?est une sorte de cr?dit qu?elle leur octroie avec un taux d?int?r?t attractif. Et elle impose un taux directeur ? ces banques pour qu?elles-m?mes, ayant re?u ces cr?dits-l?, puissent octroyer des cr?dits aux autres agents ?conomiques. Donc en fait, la Beac a deux moyens de r?guler la politique mon?taire dans sa zone, soit elle proc?de par l?injection de liquidit?, en ce moment-l?, on parle de refinancement de l??conomie. Soit, elle proc?de par des r?serves obligatoires et ? ce moment-l?, elle injecte moins de monnaie et ? des taux d?int?r?t beaucoup moins attractifs. Ceci a donc pour but de lutter contre l?inflation, c?est-?-dire de g?rer la stabilit? de la monnaie pour qu?il n?y ait pas migration dans la pente. Quand on parle surtout d?injection de la monnaie, ?a ouvre les portes ? un octroi massif des cr?dits par les banques nationales et par ricochet, ?a permet que les autres agents aient acc?s ? des cr?dits et donc qu?ils puissent d?velopper leurs diff?rentes activit?s ?conomiques. Alors que quand on parle de retrait, la Banque centrale, n?octroyant pas suffisamment de liquidit?, donne des taux d?int?r?t directeur ?lev?s, ? ce moment-l?, les banques commerciales se r?tractent, diminuent la quantit? de cr?dit qu?elles accordent et aussi ?l?vent les taux d?int?r?t. Il s?agit donc d?une mani?re de donner le pool de l?acc?s au cr?dit dans la zone Cemac.
La Beac reprend avec le refinancement de l??conomie. Apr?s les op?rations de 2022-2022, doit-on comprendre que la conjoncture ne s?am?liore pas?
En effet, la Beac s?est servi de ce m?canisme d?injection de la monnaie en 2020-2022 et a encore d?cid? de renouveler l?op?ration en 2024. Il faut comprendre que c?est une politique de stabilisation de la monnaie. Donc, ces op?rations doivent ?tre r?currentes et rythm?es. Cela ne doit donc pas faire l?objet d??tonnement que de voir la Banque centrale proc?der ? des injections ou ? des ponctions de liquidit? au sein des banques commerciales. Il faut aussi comprendre que dans les politiques ?conomiques, la politique mon?taire a un grand impact. Elle a la capacit? de relever le taux de croissance d?une ?conomie et aussi d?augmenter la richesse dans un pays. Quand on parle d?injection de la monnaie, si cette op?ration est bien mise sur pied et que les cr?dits octroy?s aux banques sont r?percut?s au niveau des agents ?conomiques, les entrepreneurs peuvent augmenter leurs capitaux et faire des investissements encore plus rentables. Si ces cr?dits sont utilis?s ? bon escient, cela peut relever une ?conomie. Il est donc d?plorable de constater malheureusement que les banques commerciales se d?clarent souvent en surliquidit?. Cela signifie en fait que l?acc?s au cr?dit est restreint. Je pourrais m?me dire qu?il est extr?mement limit?. Et c?est un dommage pour nos ?conomies qui ne peuvent pas se d?velopper; parce que le but de ces op?rations-l?, c’est d?aider les entrepreneurs ? augmenter leurs investissements. Quand on pense que le Cameroun a opt? pour l?import-substitution, l?occasion est id?ale pour booster la production locale, pour r?sorber le probl?me des importations. On peut dire que ce sont deux politiques ?conomiques conjointes qui peuvent relancer la croissance et l?augmentation de la production de la richesse dans la zone Cemac, ? condition que les cr?dits soient accord?s aux op?rateurs.
Parlant de la conjoncture, il ne faut pas ?tre magicien pour observer que la conjoncture est assez galopante dans la zone Cemac. Il faudrait quand m?me reconnaitre que c?est une zone o? l?inflation est assez maitris?e et o? il y a un taux de croissance assez correcte; mais le but, pour des ?conomies qui se veulent ?mergentes, est d?atteindre un taux de croissance ? deux chiffres. Ce qui permettrait de booster v?ritablement la production et de diminuer les taux de ch?mage tr?s ?lev?s dans notre zone. Nous pouvons donc affirmer que nous sommes face ? une tentative de booster la croissance dans nos ?tats, il faudrait donc que nos ?tats soient capables, qu?ils aient la volont? politique et aussi les techniques macro?conomiques suffisamment aguerries pour profiter de la manne qui est faite par la Banque centrale.
Le recours ? ce proc?d? a pr?c?demment fait face ? un accueil mitig? des banques. Une telle op?ration est-elle actuellement d??-propos??
Le scepticisme observ? par les banques lors de la premi?re injection de la monnaie est d? principalement au fait qu?elles sont en surliquidit?. De ce fait, il serait vraiment difficile ou incompr?hensible de recourir ? un refinancement. Dans la mesure o? la quantit? de monnaie qui est contenue dans ces banques-l? est sup?rieure ? la quantit? de monnaie octroy?e sous forme de cr?dit. ? partir de ce moment-l?, il faut donc se poser la question de savoir comment r?gler la question de surliquidit? dans nos banques commerciales. C?est peut-?tre l? que se trouve le n?ud du probl?me. Et le probl?me se trouve ? deux niveaux: au niveau des banques elles-m?mes et au niveau des agents ?conomiques demandeurs de cr?dits. Commen?ant par la deuxi?me cat?gorique, l?on note une crise de confiance entre les demandeurs de cr?dit et les banques commerciales, si nous prenons l?exemple du Cameroun. Nous voyons que les banques n?ont pas de v?ritables moyens de recouvrer les dettes qui n?ont pas ?t? rembours?es. Et l??tat lui-m?me ne met pas en place des m?canismes suffisamment importants pour que les banques aient des moyens de r?cup?rer les cr?dits qu?elles auraient octroy?s ? des agents ?conomiques sans avoir un retour favorable. C?est la raison pour laquelle elles mettent sur pied des m?thodes comme des garanties avant d?accorder des cr?dits. On demande souvent des garanties de la nature des biens immeubles, des titres fonciers, des comptes bancaires fournis dans ces banques-l? o? ?tre leur partenaire d?affaire en ayant des entreprises ou ces banques sont actionnaires ou obligataires. ?a veut donc dire qu?il faudrait d?abord r?soudre les probl?mes d?acc?s aux cr?dits dans nos ?tats pour que les op?rateurs y aient plus facilement acc?s; et que les banques aient plus de moyens coercitifs ? l?encontre des demandeurs de cr?dits qui ne se conforment pas au contrat sign?. En ce qui concerne les banques, on voit qu?il n?y a pas de v?ritable prise de risque, ni m?me une v?ritable politique entrepreneuriale. Les banques commerciales chez nous ont cette tendance ? se comporter un peu comme des banques d??pargne et pas comme ce qu?elles sont, r?ellement, de banques de cr?dit. Si les banques ne veulent pas prendre de risque, qui le fera donc? D?o? le probl?me de la surliquidit? au sein des banques.
Mais nos ?conomies ont vraiment besoin d??tre refinanc?es, dans la mesure o? nous voyons la pauvret? qui s?vit au sein des populations. Si nous regardons le financement de l??conomie seulement sous le prisme du refinancement de l??tat, notre vision des choses sera incompl?te. La Banque centrale ici vise beaucoup plus les agents ?conomiques, les consommateurs, plut?t que l??tat. Parce que tout l?objet de ces politiques, c’est le bien-?tre des populations. Et si les populations ont de meilleures conditions de vie, si elles sont riches, cela veut dire que les ?tats sont riches et que la zone mon?taire est riche. Donc ce refinancement est d??-propos. Il est m?me tr?s important et bienvenu pour les ?tats qui sont align?s ? la Beac. C?est un encouragement pour les banques ? octroyer les cr?dits et c?est aussi une fa?on d?encourager les agents ?conomiques qui y sont encore r?fractaires ? demander plus de cr?dits. Il est question de booster la production interne pour essayer d??quilibrer la balance commerciale.
Comment comprendre le choix de proc?der ? des injections sans au pr?alable mettre un terme aux op?rations de ponction de liquidit??
La Banque centrale fait le choix de refinancer les ?tats alors qu?il y a eu pr?c?demment des ponctions. Cela est une politique, comme je le disais plus haut, pour stabiliser la monnaie. Il faut comprendre qu?il s?agit ici de booster ou de d?courager le recours aux cr?dits pour pouvoir ?quilibrer le poids de la monnaie au sein de nos ?conomies. Cela ne doit donc pas ?tre ?trange pour nous. Cela est fait en fonction de la fluctuation du taux de croissance et de la fluctuation des prix dans l??conomie. Le probl?me viendrait peut-?tre du fait qu?il n?y a pas de politique propre pour chaque pays en ce qui concerne soit l?injection, soit la ponction des liquidit?s par la Banque centrale. S?rement pour certaines ?conomies, ces politiques peuvent venir en d?phasage avec les politiques internes. Mais je ne crois pas que ce soit v?ritablement le cas, dans la mesure o? les pays de la Communaut? ?conomique et mon?taire de l?Afrique centrale (Cemac) ont opt? pour les politiques mon?taires communes. Et puisque l?heure est ? l?import-substitution, ? l?encouragement de la production locale et interne dans chacun de ces pays, la Banque centrale est assur?ment dans son r?le et a bien fait de proposer ce refinancement-l? pour permettre un essor ?conomique et industriel au sein de nos ?conomies.
Les r?sultats des op?rations d?injection des 11 et 18 juin derniers montrent l?engouement timide des banques. Comment comprendre cela alors qu?elles se sont derni?rement montr?es r?fractaires aux ponctions des liquidit?s?
En ce qui concerne les mouvements autour d?injection et de retrait des liquidit?s, nous observons pr?cis?ment un manque d?engouement des banques dans la mesure o? on comprend qu?elles n?ont pas une v?ritable maitrise de cette politique ?conomique. Ce manque de maitrise peut causer une certaine r?traction. Cela peut se comprendre dans la mesure o?, nous l?avons dit plus haut, pour encourager les banques ? octroyer plus de cr?dit, il faudrait qu?elles aient des garanties de recouvrement de la dette. C?est l? l?enjeu parce qu?il ne faudrait pas pousser les banques ? faire plus en termes de cr?dit et qu?elles ne soient pas capables de recouvrer les dettes. Voil? pourquoi des instruments ?tatiques, comme la Soci?t? de recouvrement des cr?ances pour le cas du Cameroun, doivent ?tre mise en branle pour permettre ? l??tat de recouvrer ses cr?ances, mais aussi que les autres institutions financi?res et banqui?res puissent recouvrer les dettes accord?es aux op?rateurs. Nous voyons aussi que la Caisse des d?p?ts et consignations est la bienvenue pour r?gler ce genre de probl?mes. Cette institution sera capable de retenir les fonds venant des banques pour que les ?pargnants se sentent plus en s?curit? et puissent de plus en plus d?poser leurs ?pargnes dans les banques et microfinances; tout en garantissant en m?me temps aux banques qu?en cas de perte sur clients, elles obtiendront remboursement. La crise de confiance qui s?vit entre les banques et les agents ?conomiques dans nos ?tats est la cause du mauvais emploi des politiques d?injection et de retrait des monnaies au sein des ?conomies. Et pourtant, c’est un m?canisme tr?s important pour stabiliser la circulation de la monnaie. C?est donc un appel ? tous les partenaires mon?taires de se mettre en rang pour la r?ussite de la politique mon?taire engag?e.
Interview men?e par Louise Nsana