À l’approche des fêtes de fin d’année, le poisson pourrait se faire rare sur les marchés camerounais. L’un des plus gros importateurs tire la sonnette d’alarme sur la réduction de leurs quotas d’importation, avec la crainte d’un réveillon à prix salé.

La fête risque de tourner à l’arête. Au Cameroun, le poisson pourrait bien devenir le convive le plus difficile à inviter aux réveillons de Noël et du Nouvel An. À Yaoundé, le 15 octobre 2026, CONGELCAM S.A., l’un des principaux importateurs de produits halieutiques du pays, a lancé un avertissement qui mérite attention : l’approvisionnement du marché national serait menacé par la réduction de ses quotas d’importation. Dans les foyers, la nouvelle a de quoi faire frémir les marmites. Car le poisson n’est pas un simple figurant dans les menus de fête. Il accompagne les retrouvailles familiales, garnit les assiettes et relève les sauces. Si les arrivages venaient à se contracter, les consommateurs pourraient découvrir une nouvelle spécialité : le réveillon à la sauce inquiétude. Avec, en supplément, une addition potentiellement salée.
La marée se retire
Les chiffres avancés par l’entreprise donnent du poids à ses préoccupations. En 2025, CONGELCAM affirme avoir importé 200 000 tonnes de poisson. Pour 2026, elle souhaitait maintenir ce volume, mais soutient que le quota qui lui a été attribué a été fortement réduit. L’entreprise redoute que cette restriction ne limite sa capacité à approvisionner le marché, précisément au moment où la demande pourrait s’intensifier. Le volume exact du quota accordé et l’ampleur de la réduction restent toutefois à préciser pour mesurer les conséquences réelles de cette décision. Mais le calendrier, lui, ne souffre d’aucune ambiguïté : les fêtes approchent à grands pas. Et lorsque les importations tanguent, c’est toute la chaîne de distribution qui risque de prendre l’eau. Dans cette partie de pêche, les ménages pourraient finir par compter les arêtes avant même d’avoir acheté le poisson.
La facture s’annonce salée
Une raréfaction de l’offre, si elle se confirmait sans compensation suffisante, pourrait exercer une pression sur les prix. Les conséquences seraient particulièrement sensibles pour les ménages modestes, déjà contraints d’arbitrer entre des dépenses alimentaires concurrentes. À l’approche des fêtes, une hausse du prix du maquereau, de la carpe ou d’autres espèces populaires pourrait obliger certaines familles à revoir leurs menus. Le poisson prévu pour la grande tablée deviendrait alors une denrée à négocier, presque un produit de luxe. Mais prudence : l’alerte d’un importateur ne suffit pas, à elle seule, à établir l’existence d’une pénurie nationale imminente. Pour apprécier le risque, il faut aussi connaître les stocks disponibles, les volumes importés par les autres opérateurs, les captures de la pêche artisanale et industrielle ainsi que la contribution de l’aquaculture. Autant de variables qui détermineront si la marée sera simplement basse ou véritablement inquiétante.
L’urgence de prévenir
Les autorités compétentes sont désormais attendues sur la transparence des quotas et l’évaluation des besoins du marché. L’enjeu dépasse les intérêts commerciaux de CONGELCAM : il concerne la régularité de l’approvisionnement et le pouvoir d’achat des consommateurs. Si la production locale et les autres circuits d’importation ne peuvent compenser une éventuelle baisse des volumes, les tensions pourraient s’accentuer à l’approche de décembre. Il serait donc hasardeux d’attendre que les étals se dégarnissent pour chercher des solutions. Diversifier les sources d’approvisionnement, surveiller les stocks et anticiper les pics de demande permettraient de limiter les risques. Car, au Cameroun, Noël sans poisson n’est pas encore une fatalité. Mais le simple fait que cette perspective s’invite déjà dans le débat a de quoi inquiéter. À force de jouer avec les quotas, gare à ce que les fêtes ne finissent pas en queue de poisson.
Jean -René Meva’a Amougou