Le 28 septembre 2026 restera une date importante dans l’histoire économique du Burkina Faso. À Ouagadougou, le capitaine Ibrahim Traoré a inauguré RAFFINOR-BF, la première raffinerie nationale d’or. Implantée sur un site de cinq hectares à Ouaga 2000, cette infrastructure marque une nouvelle étape dans la volonté affichée du pays de ne plus être seulement un territoire où l’on extrait les richesses, mais aussi un pays capable de les transformer.

Le symbole est fort pour un pays dont l’or constitue l’un des principaux produits d’exportation. En 2025, le Burkina Faso avait produit plus de 94 tonnes d’or. Jusqu’à présent, une partie importante de la chaîne de valeur échappait cependant au pays. Extraire le minerai est une chose. C’en est une autre de le raffiner, de le commercialiser et de maîtriser les différentes étapes de sa valorisation. RAFFINOR-BF entend précisément agir sur cette deuxième dimension. Sa capacité annoncée est d’environ 400 kilogrammes par jour, avec une pureté pouvant atteindre 99,99 %. C’est ici que la notion de souveraineté économique prend tout son sens. La souveraineté ne consiste pas seulement à proclamer que les ressources naturelles appartiennent au peuple. Elle suppose aussi que le pays soit capable de décider de leur exploitation, d’en contrôler davantage la transformation et d’en conserver une part plus importante de la valeur ajoutée. Le gouvernement burkinabè présente explicitement RAFFINOR-BF comme un instrument destiné à rompre avec le modèle consistant à extraire les matières premières pour les transformer ailleurs.
Pendant longtemps, l’Afrique a souvent occupé la position de fournisseur de matières premières et d’acheteur de produits transformés. Or, cette situation crée une dépendance structurelle car celui qui contrôle la transformation contrôle aussi une partie importante de la valeur économique. L’or, mais aussi le manganèse, le cuivre, le zinc et d’autres ressources du sous-sol africain, ne devraient donc pas seulement être considérés comme des richesses à extraire. Ils doivent devenir les bases d’une véritable industrialisation.
La souveraineté économique ne s’arrête cependant pas à la transformation de l’or. Elle exige également des compétences nationales, des financements, des infrastructures, une gouvernance transparente, une fiscalité efficace et la capacité de développer progressivement toute une industrie autour des ressources minières. RAFFINOR-BF constitue donc un outil, dont les résultats dépendront de la manière dont il sera intégré dans une stratégie industrielle plus large.
Les images de l’inauguration ont suscité, chez les contempteurs du Burkina nouveau, une réaction pour le moins surprenante. « C’est l’IA ! », affirment-ils comme si une réalisation industrielle africaine ne pouvait être réelle. Eh bien non : ce n’est pas IA, l’intelligence artificielle ; c’est IB, Ibrahim Traoré. La formule, volontairement provocatrice, traduit surtout un changement de regard.
Un internaute résumait ainsi sa perception du jeune capitaine : « Il a un peu de Sankara pour l’humilité ; un peu de Gbagbo pour l’intellect, un peu de Mandela pour la cohésion sociale nationale, un peu de Xi Jinping pour le progrès endogène, un peu de Kadhafi pour la révolution et l’évolution des mentalités africaines. » Cette comparaison traduit une attente bien réelle chez une partie des Africains : voir émerger des dirigeants qui mettent davantage l’accent sur la transformation locale, la dignité nationale et la maîtrise des ressources.
C’est précisément ce qui donne à RAFFINOR-BF une portée qui dépasse la seule production de lingots. Le véritable enjeu est de savoir à qui profite la richesse du sous-sol. Si l’or est extrait au Burkina, pourquoi sa transformation devrait-elle nécessairement se faire ailleurs ? Si la valeur ajoutée est créée à l’étranger, comment un pays producteur peut-il construire une industrie solide ? Les investissements étrangers peuvent être utiles. Mais la coopération économique ne devrait pas signifier que le pays qui possède la ressource abandonne l’essentiel de la valeur créée.
Le Burkina Faso veut ainsi passer d’une logique d’extraction à une logique de transformation. C’est une différence fondamentale. Extraire et exporter une matière première rapporte. Transformer cette matière première, développer les compétences, créer des emplois et construire des entreprises autour d’elle peut rapporter davantage et surtout créer des capacités durables.
Le message politique et économique de RAFFINOR-BF peut donc se résumer simplement : l’or burkinabè doit d’abord profiter au Burkina Faso. Le défi sera maintenant de transformer cette première raffinerie en maillon d’une véritable chaîne industrielle, afin que la souveraineté économique devienne progressivement une réalité mesurable dans l’économie et dans la vie quotidienne des Burkinabè.
Jean-Claude Djéréké