Le Minesup a lancé le paiement des primes de recherche pour le deuxième trimestre 2026. Mais un écart de près de 700 millions FCFA dans les montants communiqués pour le premier trimestre jette une ombre sur la transparence de la gestion de la dette académique. Le Synes, qui a appelé à une grève illimitée, reste en embuscade.

Le lundi 21 septembre 2026, à 18h16, les couloirs du 10e étage du ministère de l’Enseignement supérieur (Minesup) bruissent d’activité. Le Dr Martial Patrick Abo’oze, enseignant à l’Université de Douala, repart avec une enveloppe de 380 000 FCFA. Il est l’un des premiers bénéficiaires de l’« allocation spéciale de modernisation de la recherche » pour le deuxième trimestre 2026.
Une cinquantaine d’enseignants-chercheurs se succèdent ce jour-là, recevant leurs primes en espèces sous la supervision directe du ministre d’État, Jacques Fame Ndongo. Le Pr Wilfred Gabsa Nyongbet, secrétaire général du Minesup, précise que les paiements devaient initialement débuter le 23 septembre, mais la disponibilité des fonds a permis d’anticiper. Nathalie Ngono, qui a perçu 680 000 FCFA, salue cette décision et remercie le président de la République pour cette « haute instruction ».
Derrière cette mise en scène de satisfaction, un détail comptable vient troubler l’image. Dans un communiqué du 11 septembre, le Minesup indiquait un reste à payer de 1 073 057 200 FCFA pour le premier trimestre. Or, dans celui du 18 septembre, le montant bondit à 1 769 475 000 FCFA. En une semaine, près de 700 millions FCFA se sont ajoutés à la dette.
Cette différence, non expliquée par le ministère, soulève des interrogations. S’agit-il d’une erreur de transcription, d’une nouvelle enveloppe budgétaire ou d’un besoin de financement non couvert ? L’absence de clarification nourrit les doutes.
Le Syndicat national des enseignants du supérieur (Synes) n’a pas tardé à réagir. Pour son coordonnateur à l’Université de Yaoundé I, « c’est un signe inquiétant qui interroge sur le niveau de confiance en la tutelle ». Le syndicat avait déjà lancé un préavis de grève illimitée le 3 septembre, exigeant le paiement intégral des sommes dues et l’apurement de la dette académique.
Si les paiements en cours constituent une avancée, les incohérences chiffrées alimentent la méfiance. « On ne peut pas dire qu’on est au niveau zéro, puisque la prime est en train d’être payée », concède un responsable syndical. Mais il souligne que plusieurs enseignants doivent encore déposer des « requêtes » pour percevoir leur dû.
La volonté affichée de l’État à travers ces paiements ne suffit pas à dissiper les inquiétudes. L’écart de 700 millions FCFA reste sans explication officielle. Le bureau exécutif national du Synes, annoncé pour le jour même de la publication de ces informations, doit trancher : faut-il considérer ces paiements partiels comme une victoire ou maintenir la pression face à ce qui pourrait être perçu comme un manque de rigueur dans la gestion des deniers publics ?
Au-delà des chiffres, c’est la transparence qui est en jeu. Les enseignants, créanciers d’un État qui invoque ses contraintes budgétaires, attendent des comptes clairs et cohérents.
Tom