À Douala, du 11 au 13 août 2026, la Commission de la CEMAC a réuni experts, administrations et acteurs privés autour de la mise en œuvre de la directive communautaire sur les partenariats public-privé.

Derrière le jargon juridique, une ambition : permettre aux PME d’Afrique centrale de ne plus regarder passer les grands projets régionaux depuis le bord de la route.
Du 11 au 13 août 2026, la scène avait quelque chose d’un changement de décor. À Douala, capitale économique du Cameroun, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a consacré trois jours à un sujet qui, jusqu’ici, semblait surtout réservé aux grandes entreprises, aux bailleurs et aux cabinets spécialisés : le partenariat public-privé (PPP). L’enjeu de la réunion n’était pas seulement de peaufiner des textes. Il s’agissait de créer les conditions permettant au secteur privé local, notamment aux PME, de prendre sa part dans les futurs projets intégrateurs de la sous-région.
La démarche intervient alors que les États de la CEMAC cherchent à accélérer leurs investissements tout en ménageant des finances publiques contraintes. Routes, énergie, logistique, infrastructures numériques ou équipements urbains : les besoins sont considérables. Or les budgets publics ne peuvent plus, à eux seuls, porter le poids de ces ambitions. Le recours au capital privé apparaît donc moins comme une option que comme une nécessité.
Mais encore faut-il que ce capital ne soit pas exclusivement celui des multinationales. C’est précisément là que la bienveillance affichée envers les PME prend tout son sens. La directive communautaire sur les PPP doit contribuer à établir un cadre commun, plus lisible et plus prévisible, capable de sécuriser les investisseurs tout en ouvrant davantage les marchés aux entreprises locales. Le programme de réformes économiques et financières de la CEMAC identifie d’ailleurs depuis plusieurs années l’adoption d’un tel cadre communautaire comme une étape nécessaire à la réalisation des projets intégrateurs.
À Douala, le message est donc limpide : les PME ne doivent plus être cantonnées aux rôles de sous-traitants occasionnels. Elles peuvent devenir partenaires, prestataires structurants, investisseurs ou membres de consortiums. Une évolution particulièrement importante dans une région où le déficit de financement demeure l’un des principaux freins au développement des entreprises.
Le Cameroun donne déjà quelques signaux. En avril dernier, Yaoundé a mobilisé investisseurs et partenaires autour de 27 projets structurants évalués à près de 21 000 milliards de FCFA. À Douala, un autre PPP portant sur la réhabilitation et l’exploitation d’un terminal portuaire représente à lui seul 126,3 milliards de FCFA d’investissement privé.
La réunion de Douala révèle ainsi une inflexion stratégique : pour réussir son intégration, la CEMAC devra aussi savoir faire grandir son propre tissu entrepreneurial. Donner aux PME accès aux PPP, c’est leur offrir davantage qu’un marché : c’est leur permettre de participer à la construction économique de la sous-région.
Reste désormais le plus difficile : transformer la bienveillance réglementaire en contrats effectivement accessibles. Car entre une PME invitée à la table et une PME capable de décrocher le marché, il y a encore toute une montagne de garanties financières, de compétences techniques et de crédibilité à gravir.
R. B