Nominations dans le septentrion : la représentativité confessionnelle au banc d’essai

Les récentes nominations au Sénat et dans certaines entreprises publiques ravivent un débat ancien : celui de la place des différentes composantes religieuses et socioculturelles du Grand Nord dans les hautes fonctions de l’État.

Le Président du Sénat recevait Franck Biya dans le Mayo-Rey

« On ne voit jamais nos frères chrétiens ou animistes occuper ces postes », déplore Jean-Benoît, commerçant originaire de l’Adamaoua, assis dans sa boutique du marché central de Yaoundé. Pour lui, la répétition des mêmes profils dans les instances publiques nourrit un sentiment de marginalisation. Du coup, le débat prend une autre tournure. « Les nominations doivent se baser sur la compétence », affirme Halimatou, étudiante en sciences politiques venus acheter des gadgets de sport pour son association. « Mais il est vrai que la diversité de notre région devrait aussi être reflétée. Sinon, cela crée des frustrations inutiles »
.
Un vieux débat
La question de la représentativité confessionnelle dans le Septentrion remonte aux premières décennies post-indépendance. Des hommes politiques originaires de cette région dont le défunt Daikolé Daïssala, président fondateur du Mouvement Démocratique pour la Défense de la République (MDR), un parti politique dont l’une des missions était de lutter pour une meilleure représentativité des chrétiens et animistes du Septentrion dans les cercles du pouvoir, avait plaidé pour une meilleure prise en compte des populations non musulmanes dans les sphères décisionnelles. Pour le docteur Waldé Enoc, politologue, « les débats actuels traduisent la persistance d’un sentiment de marginalisation. Mais attention : une lecture trop confessionnelle des nominations risque de renforcer les clivages identitaires dans une région déjà fragile. Le Grand Nord est une région de grande diversité religieuse. Depuis 1960 les chrétiens et animistes nordistes sont restés marginalisés dans le pouvoir de nominations ».

Pour le chercheur, « La marginalisation dénoncée n’est pas seulement religieuse, elle est sociopolitique. Dans la répartition des postes ministériels ou de directions générales, le pouvoir central privilégie des figures musulmanes pour incarner la représentativité du Nord. Les postes de Gouverneurs, Recteurs, PCA, Préfets, DAG dans des ministères, issus du Nord ont été pendant des années confiés à l’élite musulmane qui à son tour ne promeut que des figures issues de ses cercles. Bien que des progrès soient visibles, le sentiment d’être des citoyens de seconde zone au sein de des régions septentrionales reste un puissant moteur de frustration politique ».

Entre exclusion et cohésion
Pourtant, plusieurs organisations de la société civile estiment que les récentes désignations, notamment celle du Lamido de Maroua au conseil d’administration de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), renforcent l’idée d’une concentration des responsabilités. « Quand les mêmes cercles sociopolitiques monopolisent les postes, cela alimente la défiance », souligne Mariam, membre du Cercle des Élèves et Étudiants de Tokombéré à Yaoundé (CEEATOK). « Dans un contexte où le Septentrion fait face à des défis sécuritaires et économiques majeurs, il est crucial que les institutions soient perçues comme inclusives. La transparence sur les critères de nomination pourrait réduire les suspicions ». Au-delà de la polémique, la controverse révèle une interrogation persistante : comment concilier mérite, représentativité et unité nationale dans un pays marqué par une forte diversité culturelle et religieuse ?
Pour beaucoup de jeunes issus du Septentrion, la réponse passe par une meilleure communication des autorités et une attention accrue à la diversité des profils. « Si les critères étaient expliqués clairement, les frustrations diminueraient », estime Jean Hassan, étudiant en droit à l’université de Yaoundé II. En attendant, les conversations continuent de s’animer dans les marchés, les cafés et les campus du Septentrion. Elles traduisent une attente forte : celle d’un équilibre durable, capable de renforcer la confiance des populations dans leurs institutions.

Tom

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