? la mani?re de celui qui ignore tout du comment se scellent les complots inavouables et les secrets d??tat, je me plie au constat que, chez nous, les ragots n?ont pas perdu leurs ennemis. Rien de plus banal, me dira-t-on. Sauf que, ce dont nous parlons va plus loin et s?attaque aux ragots, par leurs formes et leurs fonds. De nos jours, au Cameroun, il suffit d?une actualit? pour d?goter un ?kongossa? qui embarrasse tout le monde. Chez nous, l?activit? politique et l?activit? sportive semblent particuli?rement opportunes ? ce jeu. Avec leurs paravents et leurs discr?tions, voici deux univers propice aux rumeurs vraies ou fausses. Souvent compar?es les unes aux autres, ces histoires rel?vent d?un m?me genre narratif et mettent en sc?ne des personnages bien connus et dont la c?l?brit? g?n?re toutes sortes de fantasmes. Le p?rim?tre de diffusion, la port?e et les sujets de ces ?kongossa? n?en finissent pas de d?truire des r?putations et des carri?res, de colporter la confusion et de donner enfin une vision tout ? fait erron?e de la v?rit?.
Dans la mesure o? ces ?kongossa? fonctionnent sur le ressort d?une soci?t? qui a longtemps perdu ses valeurs, ils sont d?autant plus prolifiques et robustes. Et dans ce contexte, le d?menti circule beaucoup moins bien et moins vite que le ?kongossa? lui-m?me. Toujours dans le m?me contexte, le d?menti a un effet parfois pire que le fait d??tre simplement inefficace. Le protocole de l?exp?rience est simple : la rapidit? et l?entrain avec lesquels les ?kongossa? se transmettent sont r?v?lateurs de ce que tout et rien se disent ? la fois. Une lecture plus g?n?rale de cette situation revient ? faire intervenir l?id?e que les ?kongossa? s?articulent bien autour des int?r?ts.
Toutefois, la question se pose de savoir comment ils ont ?t? rep?r?s, en tant que ? kongossa ?, ce qui conduit ? se demander, ?galement, qui les a rep?r?s et recueillis. Plus encore, c?est la question de la position qu?il occupe dans l?ensemble du dispositif social, que nous posons et, corollairement, de l?effet que cela produit. Par exemple, entre les bruits et les ragots qui travaillent la politique de l?int?rieur ou la visent de l?ext?rieur, il est ais? de montrer que l?implication des interlocuteurs, l?instabilit? du r?cit, du fait de sa transmission par des individus impliqu?s, ainsi que son attribution ? une source garante de la v?racit? du r?cit se font concurrence.
Au Cameroun, cela est tr?s courant. Le statut des ?kongossa? non confirm?s ou d?mentis ? change face ? des autorit?s moins s?res de d?tenir la v?rit? et qui ne rejettent non plus d?embl?e ces ?kongossa? dans les t?n?bres de simples rumeurs. L?observation de la sc?ne politico-administrative renforce encore ce lieu commun. A la veille de 2025, les ?kongossa? apparaissent de plus en plus dans des situations ambigu?s, mena?antes ou potentiellement mena?antes, des situations o? les personnes concern?es ressentent le besoin de comprendre ou de se rassurer. Fondamentalement, les gens ont besoin de comprendre; ne pas comprendre est inconfortable pour certains ou pire pour d?autres. En ce sens, les ?kongossa?, nos ?kongossa? se trouvent li?e ? des agendas ?lectoraux. Autant dire qu?en cette veille de 2025, les ?kongossa? deviennent polymorphes et de plus en plus naus?eux. Jean-Ren? Meva?a Amougou