Comme Frantz Fanon, dont il est id?ologiquement proche, Amilcar Cabral pr?ne, dans ses textes, la r?sistance culturelle tout en fustigeant la colonisation. Ces textes seront publi?s en 1975 sous la direction de M?rio de Andrade, aux ?ditions Maspero, sous le titre : ?L?arme de la th?orie?. Il y affirme, par exemple, qu?il est n?cessaire d?avoir conscience de la lutte ? chaque moment, que lui et ses camarades ne sont pas des militaires mais des militants arm?s. Que la vraie d?mocratie suppose que le peuple soit impliqu? dans toutes les d?cisions le concernant, que les colonialistes ne nous ont pas fait entrer dans l?Histoire mais qu?ils nous ont fait sortir de l?Histoire, de notre propre Histoire pour les suivre dans leur train, ? la derni?re place. Ses parents ?taient de nationalit? cap-verdienne et avaient ?migr? en Guin?e-Bissau qui, ? l??poque, ?tait une colonie portugaise. En 1945, Am?lcar Cabral, ?g? de 21 ans, d?barque ? Lisbonne (Portugal). Bien qu?aimant les lettres, il choisit d??tudier l?agronomie. Dans la capitale portugaise, il c?toie d?autres ?tudiants africains qui sont contre le colonialisme. Il s?agit, entre autres, des Angolais Agostinho Neto et M?rio Pinto de Andrade, des Mozambicains Eduardo Mondlane et Marcelino dos Santos. Ensemble, ils fondent en catimini le Centro de Estudos Africanos dont le but est la promotion de la culture des peuples noirs colonis?s. Gr?ce au Parti communiste portugais, ils re?oivent des ouvrages interdits par le r?gime de Salazar. Retour au pays Il rentre au pays en 1952. Il est charg? du recensement agricole, ce qui l?oblige ? parcourir la Guin?e-Bissau pendant deux ans. En 1954, il pense qu?une organisation politique nationaliste pourrait lui permettre d?am?liorer les conditions de vie des populations et de d?barrasser le pays du colonialisme portugais mais sa tentative de cr?er cette organisation ?choue. Cabral est expuls? de Guin?e. De 1954 ? 1958, il travaille pour plusieurs compagnies agricoles en Angola. Parall?lement, il s?int?resse ? la N?gritude de Senghor, C?saire et Gontran Damas et au marxisme. En 1956, il est autoris? ? retourner en Guin?e. La m?me ann?e, avec son demi-fr?re Luis Cabral, Aristide Pereira, Ab?lio Duarte et Elis?e Turpin, il fonde le PAIGC (Parti africain pour l’ind?pendance de la Guin?e et des ?les du Cap-vert). En 1961, il participe, au Caire, ? la troisi?me Conf?rence des peuples africains. Lors de sa prise de parole, il attire l?attention des participants sur la n?cessit? de l’analyse concr?te de chaque situation concr?te pour combattre le colonialisme. Le PAIGC ? la t?te duquel il a ?t? port? commence ? organiser et ? former politiquement la soci?t?. C?est ? partir de 1963 que Cabral et ses compagnons embrassent la lutte arm?e. Pourquoi prennent-ils les armes ? L’arm?e portugaise avait massacr? des dockers de Pidjiguiti qui s’?taient mis en gr?ve en ao?t 1959. Cabral comprit alors que les Portugais ne voulaient pas l?cher du lest et qu?il ?tait illusoire de croire que la n?gociation pourrait les amener ? changer d?avis. La lutte est men?e ? partir des pays voisins (la Guin?e-Conakry et la Casamance, une province du S?n?gal). Progressivement, le mouvement gagne du terrain en d?pit d?importants moyens militaires d?ploy?s par le Portugal, en d?pit des bombes au napalm que les colons l?chent sur les populations. Il contr?le 50 % du territoire en 1966, puis 70% en 1968. Il installe des structures politico-administratives dans ces r?gions. Comme Frantz Fanon, dont il est id?ologiquement proche, Amilcar Cabral pr?ne, dans ses textes, la r?sistance culturelle tout en fustigeant la colonisation. Ces textes seront publi?s en 1975 sous la direction de M?rio de Andrade, aux ?ditions Maspero, sous le titre : ?L?arme de la th?orie?. Il y affirme, par exemple, qu?il est n?cessaire d?avoir conscience de la lutte ? chaque moment, que lui et ses camarades ne sont pas des militaires mais des militants arm?s. Que la vraie d?mocratie suppose que le peuple soit impliqu? dans toutes les d?cisions le concernant, que les colonialistes ne nous ont pas fait entrer dans l?Histoire mais qu?ils nous ont fait sortir de l?Histoire, de notre propre Histoire pour les suivre dans leur train, ? la derni?re place. Les ?crits de Cabral parlaient aussi de la lutte contre nos propres faiblesses, lutte dont il reconnaissait qu?elle ?tait la plus difficile. Mais Amilcar ne se contente pas d??crire. Il est aussi pr?sent sur le front diplomatique. Il voyage et rencontre des dirigeants dans le but de faire conna?tre son mouvement et de rallier ? la cause guin?enne le plus grand nombre de sympathies. Il est re?u par le pape Paul VI et par les dirigeants sovi?tiques, b?n?ficie du soutien de Fidel Castro et de S?kou Tour?. En janvier 1960, il prend part ? la seconde conf?rence des peuples africains ? Tunis, puis va ? Conakry en mai. En juin, il participe ? une conf?rence internationale ? Londres. C?est au cours de cette conf?rence qu?il d?nonce pour la premi?re fois le colonialisme portugais. Sa d?claration sera publi?e en Angleterre sous le pseudonyme d?Abel Djassi. Si Cabral ne se montre gu?re tendre avec le colonialism, il affirme cependant qu’il se bat contre le syst?me colonial instaur? par le Portugal, et non contre le peuple portugais. En octobre 1972, des ?lections sont organis?es sur les territoires contr?l?s par le PAIGC. Une Assembl?e nationale est mise en place, ce qui pousse l?ONU ? reconna?tre le PAIGC comme ?le v?ritable et l?gitime repr?sentant des peuples de la Guin?e et du Cap-Vert?. Malheureusement, Am?lcar Cabral est assassin? le 20 janvier 1973 ? Conakry par des membres de la branche militaire du parti, avec le soutien de la police secr?te portugaise. Il dispara?t, six mois seulement avant l?ind?pendance de la Guin?e-Bissau proclam?e le 10 septembre 1974. Triste fin pour un homme qui aimait son pays et combattit farouchement pour lui. Il est mort comme Patrice-Emery Lumumba, c?est-?-dire trahi par ses propres fr?res qui certainement voulaient s?enrichir rapidement et vivre dans le luxe. S?kou Tour? attribue l?assassinat d?Am?lcar Cabral ? Innocente Camil, commandant de la marine du PAIGC, qui avait ?tabli son quartier g?n?ral dans une ville proche de