Quand certains manipulent l’histoire pour servir des ambitions personnelles

Depuis plusieurs ann?es, les militants du Rassemblement des R?publicains (RDR) ne cessent de marteler un r?cit bien huil?. Selon eux, la C?te d?Ivoire aurait ?t? en ?tat de mort c?r?brale jusqu?? l?arriv?e de Dramane Ouattara au pouvoir en 2011, et ce serait uniquement gr?ce ? lui que le pays aurait retrouv? stabilit?, d?veloppement et respectabilit? internationale.

Ces propos, souvent r?p?t?s avec aplomb sur les plateaux de t?l?vision, dans les meetings politiques et sur les r?seaux sociaux, rel?vent davantage de l?affabulation que de l?analyse s?rieuse. Ils t?moignent surtout d?un m?pris inqui?tant pour la v?rit? historique et d?une volont? manifeste de manipuler la m?moire collective ? des fins politiques.

I. Une participation active du RDR sous Gbagbo
Avant d?accuser Laurent Gbagbo d?avoir plong? la C?te d?Ivoire dans le chaos, il est essentiel de rappeler que le RDR a ?t? partie int?grante de ses gouvernements successifs. Plusieurs ministres issus du RDR si?geaient dans les diff?rents gouvernements de coalition, notamment apr?s les accords de Marcoussis (janvier 2003).
Ces ministres, loin d??tre de simples ex?cutants, recevaient leurs ordres directement de leur chef de parti, Alassane Ouattara. ? cette ?poque, ils n?ont jamais d?nonc? ni quitt? le pouvoir pour protester contre une pr?tendue mauvaise gestion. Ils ont donc ?t? co-responsables du bilan de ces gouvernements. Accuser ensuite Gbagbo seul du marasme ?conomique ou politique, c?est faire preuve d?une malhonn?tet? intellectuelle manifeste.

II. Qui a plong? le pays dans le chaos ? Le silence sur les zones rebelles
Autre point que les partisans de Ouattara ?ludent volontairement : la division du pays. ? partir de 2002, la C?te d?Ivoire a ?t? scind?e en deux, avec une partie nord sous contr?le des rebelles des Forces Nouvelles, connues pour leur soutien ? Alassane Ouattara. Ces groupes ont exploit? ill?galement les ressources naturelles ? cacao, coton, or ? et instaur? une administration parall?le qui ?chappait totalement au contr?le du pouvoir central.
Comment peut-on ensuite pr?tendre que le pays ?tait « en ruine » en 2011, sans pointer du doigt ceux qui l?ont affaibli pendant pr?s d?une d?cennie en refusant toute r?conciliation r?elle et en s?enrichissant sur le dos des populations ? La v?rit?, c?est que la paix est revenue apr?s 2011 non pas parce que le pays ?tait g?r? diff?remment, mais parce que le principal instigateur de l?instabilit? avait enfin acc?d? au pouvoir.

III. La d?rive autoritaire d?un homme qui se croyait au-dessus des lois
L?un des moments les plus symptomatiques de cette manipulation historique est sans doute le discours du 29 juillet. Prenant pr?texte de la stabilit? et de la s?curit? du pays, Alassane Ouattara a tent? de justifier un nouveau passage en force, violant une fois encore la Constitution ivoirienne en briguant un ?ni?me mandat pr?sidentiel.
Parlant d?un « devoir qui transcende la parole donn?e », Ouattara s?est comport? en homme qui se pense indispensable, m?prisant les r?gles d?mocratiques les plus ?l?mentaires. Pourtant, le premier devoir d?un chef d??tat est de respecter la Constitution et de donner l?exemple en tenant ses engagements. En reniant ses propres promesses, il a trahi la confiance du peuple et insult? la d?mocratie.

IV. Et maintenant ? Le peuple face ? ses responsabilit?s
La question centrale aujourd?hui n?est plus de savoir si Ouattara a trahi. C?est un fait. La v?ritable interrogation est de savoir ce que le peuple ivoirien compte faire face ? ce nouveau coup de force. L?Histoire enseigne que c?est dans l?adversit? que se r?v?lent les grandes nations. Le Mali a chass? un r?gime autoritaire en 2020. Le Burkina Faso s?est lev? en 2014 pour dire non ? l?arbitraire. La C?te d?Ivoire fera-t-elle moins ?
Les Ivoiriens doivent se souvenir qu?ils sont les h?ritiers d?hommes et de femmes de courage: Mathieu Ekra, Marie et Ren? S?ry Kor?, Anne-Marie Raggi, Albert Paraiso, Victor Biaka Boda, Jean-Baptiste Mockey, Jacob Williams, Bernard Dadi?? Ces figures embl?matiques de la r?sistance, du nationalisme et de la dignit? humaine ont combattu sans rel?che pour que la C?te d?Ivoire soit un ?tat de droit.

L?heure du choix
La balle est d?sormais dans le camp du peuple ivoirien. Laisser passer ce nouvel affront sans r?action, ce serait admettre que les principes r?publicains sont n?gociables, que la Constitution est un chiffon, et que la parole donn?e ne vaut plus rien.
L?Histoire jugera ceux qui se sont tus par peur ou par confort. Elle glorifiera ceux qui, ? l?instar de leurs anc?tres, auront su se dresser contre le mensonge, l?oppression et la confiscation du pouvoir.
La C?te d?Ivoire m?rite mieux qu?un storytelling politique. Elle m?rite la v?rit?, la justice, et surtout, le respect de sa Constitution.

Jean-Claude DJEREKE

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