Le pr?sident du comit? d?organisation de la P?piDoc SEGes 2025 traite des contours et des ressorts de l??v?nement.

Depuis 2019, la coop?ration fran?aise au Cameroun accompagne les enseignants et chercheurs. Ce projet a franchi plusieurs ?tapes et s??tend aujourd?hui aux ?tudiants de toute l?Afrique centrale ? travers la P?pini?re doctorale. Qu?est-ce qui change fondamentalement ?
Ce qui change, c?est notre capacit? ? nous adapter aux mutations rapides de notre environnement socio-?conomique. La CEMAC est aujourd?hui confront?e ? de grands d?fis : une ?conomie marqu?e par la d?pendance aux mati?res premi?res, des syst?mes ?ducatifs encore fragiles, et une jeunesse nombreuse qui aspire ? trouver sa place. Il fallait donc que la P?pini?re doctorale se mette au diapason de ces r?alit?s.
Cette ann?e, en partenariat avec l?ambassade de France, le Service de coop?ration et d?action culturelle et d?autres acteurs institutionnels, nous avons choisi de mettre en avant une th?matique incontournable : l?intelligence artificielle. Vous savez que l?IA est en train de transformer les habitudes de travail, les m?thodes d?enseignement et m?me nos comportements quotidiens. La nouveaut?, c?est donc cette volont? d?inscrire les doctorants et chercheurs d?Afrique centrale dans cette dynamique mondiale, afin qu?ils ne soient pas de simples spectateurs, mais des acteurs capables de l?adapter ? leur environnement.
Justement, comment int?grer l?IA comme outil de recherche dans un environnement aussi difficile que celui de l?Afrique centrale ?
C?est un vrai d?fi, car nos contextes sont marqu?s par des contraintes structurelles : enclavement, faiblesse des infrastructures num?riques, co?ts ?lev?s de la connexion internet, et manque d?acc?s ? une documentation scientifique actualis?e. Beaucoup de jeunes chercheurs se retrouvent isol?s et peinent ? d?velopper une m?thodologie solide.
La P?pini?re doctorale est venue combler ce vide. Depuis 2019, nous avons progressivement construit un dispositif qui brise cet isolement. Gr?ce aux bourses et aux partenariats nou?s avec des laboratoires fran?ais, les doctorants ont d?sormais acc?s ? des bases de donn?es, des logiciels d?analyse, et des biblioth?ques virtuelles qu?ils ne pouvaient pas consulter auparavant.
Int?grer l?IA, c?est d?abord permettre aux jeunes de voir cet outil comme un facilitateur : dans la collecte et le traitement des donn?es, dans la mod?lisation ?conomique, dans l?analyse des politiques publiques. Mais c?est aussi une opportunit? pour cr?er des solutions adapt?es aux r?alit?s locales. Par exemple, l?IA peut ?tre utilis?e pour anticiper l??volution des prix des mati?res premi?res, pour simuler l?impact des politiques fiscales, ou encore pour analyser les effets du changement climatique sur l?agriculture en Afrique centrale.
On parle d?un focus sur les sciences ?conomiques et de gestion. Pourquoi ne pas ?largir ? d?autres disciplines, comme les sciences juridiques ?
Il faut pr?ciser que la P?pini?re doctorale n?est pas un projet isol?. C?est un maillon d?un ensemble d?initiatives que porte la coop?ration fran?aise dans diff?rents domaines. En sciences juridiques, par exemple, un autre programme existe d?j?, coordonn? par le professeur Kenfack, pr?sident de l?Universit? Toulouse Capitole. Ce programme pr?pare les jeunes enseignants-chercheurs d?Afrique centrale ? l?agr?gation, une ?tape cruciale pour renforcer les capacit?s de nos universit?s.
Le choix des sciences ?conomiques et de gestion r?pond ? une urgence particuli?re : nos ?conomies peinent ? se transformer et ? cr?er de la valeur ajout?e. Nous avons besoin de comp?tences capables de penser la fiscalit?, la gestion publique, l?entrepreneuriat, la transformation industrielle. C?est l? que les doctorants en sciences ?conomiques et de gestion peuvent avoir un impact imm?diat. Leur r?le est d?apporter des solutions concr?tes, applicables dans le monde du travail et utiles pour les d?cideurs politiques.
Quelle place accordez-vous ? la professionnalisation dans ce projet ?
Elle est centrale. Longtemps, on a consid?r? la th?se comme un exercice purement acad?mique, d?connect? de la r?alit? ?conomique et sociale. Or, notre conviction est que la recherche doit produire un savoir utile. Un doctorant ne doit pas se limiter ? produire un document de plusieurs centaines de pages qu?on d?pose dans une biblioth?que. Il doit ?tre en mesure de r?pondre ? une question simple : ? Qu?est-ce que ma recherche r?sout dans mon environnement ? ?
C?est pourquoi nous parlons d?incubateur de savoir. La P?pini?re met les doctorants en situation de confrontation avec des acteurs ?conomiques, des institutions publiques, des chambres consulaires. Nous voulons les amener ? d?velopper des recherches qui d?bouchent sur des solutions de transformation : am?liorer la comp?titivit? des entreprises, mieux g?rer les ressources fiscales, anticiper les crises alimentaires ou ?nerg?tiques. La professionnalisation, c?est donc donner aux doctorants la conscience qu?ils sont des b?tisseurs du d?veloppement, pas seulement des universitaires.
Accompagnez-vous les doctorants jusqu?? la fin de leur parcours ?
Absolument. Notre r?le n?est pas seulement de leur offrir une formation ponctuelle. Nous les suivons tout au long de leur cheminement acad?mique. Aujourd?hui, plus d?une douzaine ont d?j? soutenu avec succ?s leur th?se dans des universit?s camerounaises. Et nous constatons avec fiert? qu?ils occupent des postes strat?giques, qu?ils publient des articles de qualit? et qu?ils participent ? des d?bats de soci?t?.
Mais il reste un probl?me majeur : le financement de la recherche. Les ?tats de la sous-r?gion consacrent encore trop peu de ressources ? ce secteur. Nous plaidons pour un virage vers ce qu?on appelle la ? recherche-d?veloppement ?, qui implique une collaboration plus ?troite avec le secteur priv?. Car ce sont les entreprises qui connaissent les besoins du march? et les m?tiers de demain. La recherche doit ?tre pens?e comme un levier de comp?titivit? pour nos ?conomies, et non comme un exercice isol?.
Quelles sont les perspectives imm?diates pour la P?pini?re doctorale ?
En guise de rappel, la p?pini?re doctorale en sciences ?conomiques et de gestion est une initiative mise sur pied depuis 2019. Elle enregistre ? date, 17 laur?ats soit 02 en 2020 ; 05 en 2022 ; 05 en 2023 ; 05 en 2024. Nous avons lanc? un appel ? candidatures en mai dernier, diffus? sur toutes les plateformes num?riques et dans les universit?s. Les soumissions sont ouvertes jusqu?au 10 septembre. Le 19 septembre, un jury compos? d?experts s?lectionnera les meilleurs projets, avec une attention particuli?re pour la participation f?minine. Du 25 au 27 novembre, ces projets seront pr?sent?s dans le cadre d?une comp?tition scientifique. Les laur?ats b?n?ficieront d?une bourse de recherche pour poursuivre leur travail dans des laboratoires partenaires.
? moyen terme, nous travaillons avec la Commission de la CEMAC sur la cr?ation d?une bourse d?excellence r?gionale. L?id?e est de renforcer le dispositif pour qu?il b?n?ficie ? un plus grand nombre de doctorants. Nous devons aussi r?pondre ? une autre urgence : le renouvellement des enseignants-chercheurs. Certains pays de la sous-r?gion manquent cruellement de professeurs. Le Cameroun, avec son vivier acad?mique, peut jouer un r?le de locomotive et mutualiser ses comp?tences.
En r?sum?, la P?pini?re doctorale est un outil strat?gique : elle permet de former une nouvelle g?n?ration de chercheurs ancr?s dans la r?alit?, capables d?anticiper les transformations ?conomiques, et d?termin?s ? mettre la science au service du d?veloppement de l?Afrique centrale.
Propos recueillis par JRMA