Tchiroma, cavalier solitaire lanc? dans une chevauch?e improbable, attire chaque jour plus d?adeptes.

Sans moyens d?mesur?s, il r?ussit l? o? d?autres ?chouent : rallier les foules avec l??nergie brute du petit peuple. Dans ce climat de lassitude, sa vitalit? tranche comme une ?claircie au milieu d?un ciel lourd.
Car partout ailleurs au Cameroun actuellement, la politique rend malade. Les Camerounais ont le blues. Achille Mbembe l?a dit : Paul Biya a g?ch? nos vies. Pendant que l?alliance Bello-Tchiroma pi?tine, que Kamto d?nonce les trahisons, que Bello, ancien proche de Biya, se voit interdit de meeting dans le village m?me du pr?sident, la d?prime s??paissit. Elle touche jusqu?aux barons du r?gime : Ren? Sadi avale ses couleuvres, Laurent Esso se contente de d?filer en silence.
Elle atteint aussi ces jeunes fonctionnaires de trente ans, enr?l?s dans la campagne d?un homme de 92 ans qui ignore jusqu?? leurs noms. Ils s?y pr?tent par calcul, esp?rant grappiller quelques ?chelons dans une administration en panne. Et cette tristesse se lit dans les foules hurlant sur de pauvres femmes en pagne aux couleurs du RDPC, oblig?es de se pr?ter au jeu pour quelques billets afin de nourrir leurs enfants. Elle se lit aussi dans cette image absurde qui envahit tout l?espace publicitaire : un portrait mensonger d?un pr?sident qui n?a rien du vieillard qu?il est.
Mais la d?prime la plus insoutenable est intime : celle d?une fille contrainte d’appeler ? voter contre son propre p?re, accusant publiquement l?homme qui l?a engendr?e d?avoir inflig? tant de souffrances ? son peuple.
Comment ne pas voir dans son d?sarroi la v?rit? nue, plus forte que tout discours ? M?me son r?trop?dalage forc? ne change rien : la blessure est faite.
Et puis il y a la d?prime ordinaire, celle des millions de Camerounais qui tirent le diable par la queue et qui, en lisant le slogan de campagne de Paul Biya ? ? Esp?rance ? ? comprennent qu?il ne reste plus qu?? remettre leur sort ? Dieu, pour sept ann?es encore. Car tout le monde sait ? m?me en feignant de croire au destin de son candidat ? que le RDPC trichera et que Paul Biya sera proclam? vainqueur.
Alors oui, nous allons ? cette ?lection tous malades. Et pourtant, il n?est pas trop tard. Comme un patient en ?tat critique, il nous faut une th?rapie de choc. Mais une th?rapie qui commence par un r?cit, par un narratif. Pas un r?cit de divisions, de querelles d?ego, de calculs d?risoires. Non : un r?cit qui transforme nos blessures en histoires, nos humiliations en images, notre d?sespoir en imagination.
Candidats, ?lecteurs, partis : cessez de vous mesurer les uns aux autres. Offrez-nous une seule histoire commune, une histoire ? la mesure du v?ritable enjeu. Une photo ensemble pour porter un message collectif. Une simple image pour nous gu?rir de cette ?lection du 12 octobre d?primante.
Commen?ons parl? : une simple photo de vous tous !
Jean -Pierre Bekolo