L?opposition ivoirienne face au d?fi de l?unit? apr?s une ?lection contest?e

Le Conseil constitutionnel, ? l?issue du processus de validation des candidatures ? l??lection pr?sidentielle, avait retenu cinq candidats, dont quatre issus de l?opposition.

Cette d?cision, en apparence ?quilibr?e, a pourtant suscit? une vive controverse. En effet, les partisans des candidats non retenus y ont vu une man?uvre politique destin?e ? donner une fa?ade d?mocratique ? un scrutin d?j? jou? d?avance. Selon eux, la s?lection de certains opposants n??tait qu?une strat?gie du pouvoir en place pour l?gitimer une ?lection verrouill?e et sans v?ritable enjeu.

Dans ce contexte tendu, les militants des candidats ?cart?s ont rapidement trait? les candidats de l?opposition valid?s de ? tra?tres ? et ? d?accompagnateurs du pr?sident sortant ?. Ils les accusaient d?avoir pactis? avec le pouvoir et de servir de caution ? une mascarade ?lectorale. Leurs parrainages, jug?s ? suspects ?, furent consid?r?s comme la preuve d?arrangements occultes. Ces partisans estimaient que les candidats retenus devaient se retirer purement et simplement du scrutin, convaincus que la victoire du pr?sident sortant ?tait d?j? acquise avant m?me le vote.

Face ? ces accusations, les partisans des candidats retenus ont vivement r?agi. ? leurs yeux, ceux dont les candidatures avaient ?t? rejet?es ?taient simplement de mauvais perdants. Ils rappelaient que, si les dossiers de Gbagbo, Thiam ou Affi N?Guessan avaient ?t? valid?s, ces derniers auraient bel et bien particip? ? la m?me ?lection qu?ils d?non?aient aujourd?hui comme ? pli?e ?. Ils consid?raient que refuser de soutenir l?un des candidats d?opposition valid?s revenait ? offrir un boulevard au pr?sident Ouattara, en le laissant concourir presque seul.

Ainsi, au lieu de pr?senter un front uni face au pouvoir, l?opposition ivoirienne s?est d?chir?e en public, chaque camp accusant l?autre de trahison, d?arrogance ou d?opportunisme. Cette division a profond?ment fragilis? la cr?dibilit? du discours d?alternance et a d?courag? une grande partie de la population, d?j? d?sabus?e par les crises politiques r?p?t?es. Le climat pr??lectoral s?est donc install? sous le signe de la m?fiance mutuelle, au d?triment d?une strat?gie collective susceptible de peser face au r?gime en place.

Un scrutin sans v?ritable comp?tition

L??lection du 25 octobre 2025 s?est tenue dans une atmosph?re morose et sous tension. Comme beaucoup s?y attendaient, la participation fut faible dans plusieurs r?gions, notamment dans les bastions de l?opposition. Trois jours plus tard, la Commission ?lectorale ind?pendante (CEI) a proclam? la victoire d?Alassane Ouattara avec 89,77 % des voix. Mais, pour nombre d?observateurs, il ne s?agissait pas d?une v?ritable victoire ?lectorale, car il n?y a pas eu d??lection ? proprement parler.

En effet, la plupart des grands candidats avaient ?t? ?cart?s, vidant le scrutin de sa substance. De plus, de graves irr?gularit?s ont ?t? signal?es dans plusieurs localit?s. ? Kounahiri et ? Cocody, par exemple, on a compt? plus de votants que d?inscrits sur les listes ?lectorales ? un ph?nom?ne d?j? observ? dans certaines zones du Nord lors de la pr?sidentielle de 2010. Ces anomalies ont aliment? le sentiment d?un processus ?lectoral truqu?, destin? ? conforter un pouvoir d?j? solidement install?. Apr?s la mort d’un gendarme et d’un manifestant dans le sud et le centre-ouest du pays, plusieurs personnes ont perdu la vie ? Nahio.

? cela s?ajoute un d?s?quilibre flagrant des moyens: les candidats de l?opposition ont dispos? de ressources financi?res et logistiques largement inf?rieures ? celles du pr?sident sortant, qui a pu mobiliser l?appareil d??tat ? son avantage. Dans ces conditions, la comp?tition ?lectorale ne pouvait ?tre ni ?quitable ni transparente. Ce constat explique pourquoi une grande majorit? d?Ivoiriens a choisi le boycott plut?t que la participation ? ce qu?ils percevaient comme une simple formalit? institutionnelle.

Apr?s la fausse victoire, quel avenir pour l?opposition ?

Face ? cette situation, une question cruciale se pose: que doit faire l?opposition ivoirienne maintenant ? Deux voies s?offrent ? elle, et le choix entre les deux d?terminera sans doute l?avenir politique du pays.

La premi?re option, celle de la division et de la querelle permanente, consisterait ? poursuivre les accusations mutuelles. Chaque camp continuerait ? reprocher ? l?autre son manque de loyaut? ou de lucidit?, pendant que le pouvoir en place consoliderait tranquillement sa position pour les cinq prochaines ann?es. Ce sc?nario, malheureusement familier dans l?histoire politique ivoirienne, ne ferait que prolonger la domination sans partage du r?gime et le d?couragement du peuple.

La seconde option, bien plus exigeante mais aussi plus porteuse d?espoir, serait celle de l?unit? et de la r?flexion commune. L?opposition, dans toute sa diversit?, doit faire son examen de conscience et reconna?tre que sa strat?gie n?a pas ?t? ? la hauteur des d?fis du moment. Aucun parti, aucune figure politique, ne peut ? lui seul affronter un pouvoir solidement enracin?, disposant de l?appareil administratif, financier et s?curitaire du pays. Le salut ne viendra que d?un front commun, b?ti sur la confiance, le dialogue et la mise en avant de l?int?r?t national au-dessus des ambitions personnelles.

Le Front commun, qui regroupe le PDCI et le PPA-CI, a d?j? appel? ? l?annulation du scrutin et ? la reprise des ?lections dans des conditions v?ritablement d?mocratiques. Cette position, loin d??tre extr?miste, r?pond ? une exigence de justice et de transparence. Au lieu de f?liciter Ouattara ? ce qui n?aurait aucun sens alors qu?une large majorit? d?Ivoiriens a boycott? ce semblant d??lection ?, tous les candidats de l?opposition devraient se rallier ? cette demande.

Il est urgent que les leaders politiques se retrouvent autour d?une m?me table, non pas pour se partager des postes, mais pour r?clamer des r?formes structurelles: une nouvelle Commission ?lectorale ind?pendante, r?ellement neutre et ?quilibr?e ; un red?coupage ?lectoral juste, tenant compte de la repr?sentativit? r?elle des populations ; une r?vision transparente des listes ?lectorales et une allocation ?quitable des moyens de campagne ? tous les candidats.

Une telle concertation, associant ?galement la soci?t? civile et les organisations religieuses, permettrait de recr?er la confiance entre les acteurs politiques et d??viter que les prochaines ?lections ne soient une r?p?tition du m?me sc?nario. C?est ? cette condition seulement que la C?te d?Ivoire pourra tourner la page des ?lections truqu?es et des crises post?lectorales.

L?urgence d?une conscience collective

L??lection pr?sidentielle du 25 octobre restera dans les m?moires comme celle d?un rendez-vous manqu?. Manqu? pour la d?mocratie, manqu? pour la r?conciliation nationale, manqu? pour la cr?dibilit? du processus ?lectoral. Mais ce constat, aussi amer soit-il, peut encore servir de point de d?part pour une renaissance politique.

L?opposition ivoirienne a d?sormais une responsabilit? historique: choisir entre la dispersion st?rile ou l?unit? strat?gique. Si elle reste divis?e, elle laissera le champ libre ? un pouvoir autoritaire et ? un syst?me verrouill?. Si, au contraire, elle se rassemble autour d?un projet commun de justice et de r?forme, elle pourra redonner espoir ? un peuple fatigu?, mais toujours avide de libert? et de dignit?.

Le moment est venu de d?passer les rancunes personnelles et les calculs ?lectoraux pour embrasser l?int?r?t sup?rieur de la nation. L?Histoire retiendra non pas ceux qui ont le plus insult?, mais ceux qui auront su tendre la main pour b?tir ensemble une C?te d?Ivoire r?concili?e, d?mocratique et souveraine.

Jean-Claude DJEREKE

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