L?hypocrisie d?une partie de l?opposition ivoirienne

Il y a des renversements qui heurtent la raison et la dignit?. Ce qu?on a d?nonc? avec force hier, on le cautionne aujourd?hui.

Tel est, malheureusement, le spectacle auquel on assiste depuis quelques semaines dans certains cercles de l?opposition ivoirienne. M?me parmi des partisans de Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam que je croyais lucides, ouverts d?esprit et int?gres, on entend d?sormais des voix favorables ? la participation de leurs partis aux l?gislatives organis?es par la Commission ?lectorale ind?pendante (CEI) qu?ils ont vigoureusement d?cri?e avant la pr?sidentielle d?octobre 2025.

Comment expliquer qu?on puisse vilipender une institution pour sa partialit? et, quelques jours plus tard, accepter de fonctionner avec elle comme si de rien n??tait ? Cette contradiction n?est pas du d?bat raisonn?. C?est de l?enfumage. C?est une pirouette morale destin?e ? masquer des int?r?ts inavou?s.

L?argument mythique des pr?c?dents : un leurre

Les d?fenseurs de la participation avancent un argument souvent r?p?t?: autrefois, le PDCI, le RDR et le FPI avaient pris part aux l?gislatives m?me lorsqu?ils avaient ?t? exclus de la pr?sidentielle. De l?, on conclut que rien n?emp?che le PPA-CI et le PDCI d?aller aux l?gislatives malgr? la CEI d?cri?e. Cet argument tient pourtant sur du vent.

Premi?rement, confondre des situations politiques diff?rentes en les traitant de pr?c?dents identiques est un abus d?analogie. Deuxi?mement, invoquer ces pr?c?dents sans reconna?tre la profondeur de la crise institutionnelle actuelle revient ? justifier la normalisation d?une injustice.

L??thique sacrifi?e sur l?autel du clan

Il ne faut pas se leurrer: beaucoup de ces discours ne visent pas le bien commun, mais la pr?servation d?int?r?ts personnels ou claniques. Le vrai moteur de cette volte-face, pour nombre d?acteurs, n?est pas l?amour du pays, mais la d?fense d?un fr?re de la m?me ethnie ? m?me s?il commet des erreurs ou s?il prend des d?cisions condamnables. On retrouve l? la vieille logique patrimoniale: la solidarit? d?abord pour le clan, la morale et la justice ensuite.

? l?heure o? des Ivoiriens croupissent derri?re les barreaux pour des raisons politiques, ? l?heure o? des familles pleurent des morts et portent les blessures insupportables de la crise pr??lectorale, accepter d?aller aux l?gislatives avec la CEI d?cri?e revient ? tourner le dos ? la souffrance collective. C?est ind?cent. C?est impardonnable.

Il est vain de nier l?existence d?un facteur mat?riel puissant dans cette ?quation. Le salaire mensuel d?un d?put? ? 3 millions de francs CFA ? est, dans notre pays, une tentation r?elle. Pour des citoyens qui peinent ? survivre, un tel revenu est attractif. Mais r?duire l?engagement politique ? la recherche d?un revenu, c?est d?shonorer la vocation publique.

Ce qui caract?rise, h?las, une partie de ces pseudo-opposants, c?est la cupidit? et la l?g?ret? morale. Ils vocif?rent quand il s?agit d?attaquer des adversaires hors du champ institutionnel, mais deviennent ?tonnamment muets quand il s?agit de d?fendre les principes de la d?mocratie face ? une CEI discr?dit?e. L?app?t du gain finit par dicter des choix politiques: mieux vaut un si?ge pay? que la lutte d?sint?ress?e pour la justice et la transparence.

Admettons, pour l?instant, que le PPA-CI et le PDCI obtiennent quelques si?ges aux l?gislatives sous la CEI actuelle. Quelle sera alors la port?e r?elle de ces victoires ? Croire qu?ils pourront ?tre majoritaires et r?sister ? un ex?cutif aux commandes de tous les leviers de l??tat est illusoire. N?a-t-on pas d?j? vu, par le pass?, comment un d?coupage ?lectoral l?onin et des m?canismes administratifs biais?s peuvent offrir au pouvoir une ?crasante majorit? ? Le RHDP lui-m?me s??tait nagu?re octroy? 89 si?ges gr?ce ? un d?coupage favorable ? un pr?c?dent qui devrait servir d?avertissement, non d?encouragement.

Il est donc illogique, et m?me na?f, de penser qu?une participation timide au jeu truqu? du pouvoir conduira ? des r?sultats probants. Au contraire, cela l?gitimera les institutions vici?es, fragmentera encore plus l?opposition et renforcera la machine du pouvoir.

Tra?tres ou complices ? La responsabilit? des partis participants

? la lumi?re de ce qui pr?c?de, il faut parler clair. Les partis qui d?cideront de participer aux l?gislatives malgr? la CEI non r?form?e devront ?tre regard?s comme complices de la strat?gie du pouvoir. Ils ne seront pas de simples acteurs politiques. Ils seront, aux yeux d?une grande partie du peuple, des tra?tres ? la patrie, des ?l?ments qui, par leur consentement, participent ? la destruction de la C?te d?Ivoire.

La politique ne se con?oit pas comme une succession de combinaisons personnelles destin?es ? sauver des ?lus. Elle est une responsabilit? envers la nation. Qui trahit la nation pour un si?ge, trahit l?avenir des g?n?rations. Qui accepte d?entrer dans un parlement n? d?une mascarade ?lectorale participe activement ? la banalisation de l?injustice.

Appel ? la lucidit? et ? la d?fense du bien commun

Face ? cette crise morale et politique, il est urgent que les Ivoiriens se r?veillent et jugent librement les actes de leurs dirigeants. Les ?lecteurs doivent comprendre que la qu?te du pouvoir personnel ou du confort mat?riel ne peut primer sur la d?fense des institutions d?mocratiques et le respect des vies sacrifi?es.

Aux partisans de Gbagbo et Thiam ? et ? tous les citoyens ?pris de justice ? je lance un appel: ne vous laissez pas ensorceler par le chant des sir?nes qui promettent des si?ges parlementaires et le confort mat?riel. Ce n?est pas le moment de c?der au chantage du ventre ni aux solidarit?s ethniques. Le moment exige courage, esprit de sacrifice et loyaut? envers la nation.

L?honneur d?un peuple vaut plus que le confort d?un ?lu

Celui qui, aujourd?hui, choisit la facilit? ? accepter une CEI non r?form?e en ?change de quelques d?put?s ? signe l?acte de trahison contre l?espoir d?mocratique. La C?te d?Ivoire m?rite mieux que des marchandages d?appareils politiques et des compromissions qui enterrent la v?rit?.

Que les partis qui pensent participer aux l?gislatives m?ditent ceci: l?Histoire ne retient pas ceux qui sauvent un fauteuil. Elle retient ceux qui sauvent une nation. Plut?t que d?engranger des si?ges au prix de la dignit? nationale, il est pr?f?rable d??tre du c?t? de la m?moire, de la justice et du peuple. L?honneur d?un pays vaut infiniment plus que le confort mat?riel de quelques-uns.

Il appartient maintenant aux Ivoiriens lucides de sanctionner, au prochain rendez-vous de l?Histoire, ceux qui auront choisi la trahison plut?t que la r?sistance ? et de faire savoir haut et fort que la d?mocratie ne se n?gocie pas au prix d?un mandat.

Jean-Claude Dj?r?k?

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