Faits et m?faits rep?r?s sur la route vers le palais d’Etoudi

? Bafoussam, Mgr Lontsie-Keune troque sa chasuble pour le r?le de coach ?lectoral. L??v?que, visiblement inquiet de voir les Camerounais voter ? l?aveugle, a livr? sa recette pour une pr?sidentielle 100 % transparente le 12 octobre 2025. Premi?re ?tape : un d?bat t?l?vis? o? les 12 candidats (oui, douze !) devront se montrer plus clairs qu?un bon caf? du matin. ? Nous voulons voir ceux qui aspirent ? gouverner, et chacun doit choisir en cons?quence ?, mart?le-t-il, avec le s?rieux d?un professeur de maths.
Puis, place au vote? et surtout ? la surveillance ! L??v?que rappelle : ? Ne laissez pas voler votre vote ?, comme si le scrutin se jouait dans un film de cape et d??p?e. Les candidats, eux, envoient leurs scrutateurs, qui ressemblent parfois ? des d?tectives en mission secr?te dans les bureaux de vote.
Mais l?injonction la plus m?morable reste sans doute celle du d?compte des voix : ? Ceux qui comptent doivent se souvenir de leur bapt?me? 1+1=2 ?, rappelle-t-il. Morale de l?histoire : m?me Dieu surveille les additions ?lectorales !
12 est en ?bullition !
Douze candidats, douze promesses, douze sourires de campagne? et le tout pour un scrutin qui tombe le 12 ! Si le calendrier avait un sens de l?humour, il se serait surpass?. ? ce rythme, les ?lecteurs pourraient se croire dans un jeu de soci?t? g?ant : ? Choisis ton champion, lance le d? et avance jusqu?au 12 ! ?
Chaque candidat joue sa carte : l?un promet 12 milliards pour l??ducation, l?autre 12 minutes de concert par jour dans les ?coles? et le dernier, fid?le ? son style, assure que 12 jours suffiront pour r?soudre tous les probl?mes du pays. Les meetings ressemblent ? des parties de dominos : chacun tente de faire tomber le suivant avec des slogans plus inventifs que jamais.
Et le peuple ? Entre les 12 programmes, les 12 affiches et les 12 discours, il jongle, rit, soupire? mais surtout, il attend le 12, le jour o? le d? sera lanc? et le suspense enfin tranch?.? la t?l?vision, les d?bats durent 12 minutes (pas une de plus, pas une de moins), et chaque candidat doit citer 12 raisons pour lesquelles il est le meilleur. Dans les rues, les affiches sont coll?es par groupes de 12, et les ?lecteurs comptent leurs pas : 12 vers la mairie, 12 vers le march?, 12 vers le bureau de vote.
M?me les analystes politiques s?y mettent : ? Si chacun des 12 candidats gagne 12 % des votes, alors? ? ? personne ne finit la phrase, mais tout le monde rit quand m?me. Et les meetings ? Ils ressemblent ? des chor?graphies de 12 pas, avec 12 applaudissements synchronis?s et, bien s?r, 12 selfies par minute. En attendant, vive le 12, le chiffre roi de cette pr?sidentielle pas comme les autres !
Mais le plus cocasse, c?est quand un simple ?missaire du parti d?barque en tourn?e. Aussit?t, les communicants se m?tamorphosent en fid?les en transe : on se prosterne, on acclame, on jure fid?lit? comme ? l??poque des chevaliers et des seigneurs. Les micros deviennent des encensoirs, les slogans des psaumes, et chaque phrase du visiteur se transforme en verset politique. Les discours, d?j? format?s pour la t?l?vision, prennent alors une dimension mystique : on ne parle plus de programmes ou de projets, mais de saintes promesses qui d?fient le temps et la raison.
Alors on imagine la sc?ne : si un simple ?missaire d?clenche une telle ferveur, que se passerait-il si Paul Biya lui-m?me foulait la poussi?re de la campagne ? On assisterait sans doute ? un s?isme protocolaire : communicants ? genoux, cam?ras en l?vitation, militants en transe mystique. Les rues se changeraient en sanctuaires, et le micro deviendrait ostensoir. Chaque poign?e de main serait un miracle, chaque sourire un sermon. Les journalistes, eux, se demanderaient s?ils couvrent un meeting ou une procession religieuse.
Et pendant ce temps, les id?es, les projets, les d?bats politiques ? Disparaissent dans le brouhaha de la d?votion. Les programmes deviennent secondaires face ? la performance rituelle, et le terrain ?lectoral ressemble plus ? une sc?ne de th??tre sacr? qu?? une comp?tition d?mocratique. Les communicants, ?puis?s par l?exaltation qu?ils provoquent, en oublient parfois m?me les candidats qu?ils sont cens?s promouvoir : ils semblent danser pour le public, applaudir pour la cam?ra, b?nir pour le micro.
? ce rythme, la campagne tient plus du p?lerinage que du d?bat d?id?es. ? force d?adorer les messagers, on finit par oublier le message. Et le spectateur, lui, oscille entre le rire et la perplexit? : doit-il voter, prier, ou simplement admirer le spectacle ?
D?boires
La campagne pr?sidentielle 2025 tourne parfois ? la com?die improvis?e. On y voit des communicants de partis, cens?s galvaniser les foules, perdre soudain leurs moyens d?s que la petite lumi?re rouge de la cam?ra s?allume. Certains bafouillent comme des ?tudiants ? un oral surprise, d?autres r?citent leur discours avec l??motion d?un robot mal programm?.
Entre deux maladresses, on entend des perles : ? Notre candidat incarne le futur? depuis longtemps ?, ou encore ? Nous promettons le changement dans la continuit?, mais en mieux ?. Les cameramen, eux, retiennent leurs rires h?ro?quement.
Les communicants rivalisent de f?brilit?, brandissant des fiches froiss?es, ajustant leurs cravates imaginaires, pendant que leurs candidats esp?rent que personne ne verra le d?sastre sur les r?seaux sociaux. ? ce rythme, les ?lecteurs risquent de voter pour le plus ? l?aise ? l??cran ? quitte ? ce que ce soit le journaliste.? Yaound?, Douala et m?me ? Sangm?lima, les sc?nes rappellent les grands jours de distribution de riz subventionn? : bousculades, cris, pagnes qui volent dans tous les sens. Cette fois, l?objet de la convoitise n?est pas comestible mais textile : le nouveau pagne ? l?effigie de Paul Biya.
Sur fond bleu pr?sidentiel, le visage du Chef de l??tat tr?ne, sourire immuable, entour? de colombes et de slogans promettant ? paix et continuit? ?. Un symbole si puissant que certains en oublient la biens?ance : on s?arrache le tissu comme si c??tait la derni?re relique du r?gime.
? J?en veux deux pour coudre mes rideaux ! ?, lance une maman essouffl?e. ? Moi c?est pour mon mariage, ?a porte bonheur ?, rench?rit un jeune. Pendant ce temps, les tailleurs se frottent les mains ? et les militants les genoux, apr?s les bousculades.
On raconte m?me qu?un commer?ant aurait propos? un demi-pagne contre une carte d??lecteur bien tamponn?e. Le pagne, d?sormais, n?habille plus seulement les corps, il habille les convictions. Il aura fallu presque une d?cennie et quelques cheveux blancs pour que Tchiroma Bakary d?couvre la douce m?lodie du mot ? pardon ?. L?ancien ministre de la Communication, jadis chef d?orchestre du ? tout va bien au Cameroun ?, s?est rendu ? Bamenda pour confesser ses ? exc?s de langage ? au d?but de la crise anglophone. On l?a vu, micro tremblant, voix contrite, prononcer des phrases qu?on n?aurait jamais imagin?es sortir de sa bouche sans autorisation minist?rielle.
? J?ai parl? sans mesurer la douleur de mes fr?res ?, a-t-il dit. Les habitants de Bamenda, entre stup?faction et fou rire, se demandaient si c??tait bien le m?me homme qui, ? l??poque, expliquait que tout allait pour le mieux dans le meilleur des Cameroun possibles. Certains auraient m?me cherch? la cam?ra cach?e.
Mais apr?s tout, mieux vaut tard que jamais. Dans un pays o? les excuses sont plus rares qu?une route sans nid-de-poule, voir Tchiroma s?incliner, c?est presque un ?v?nement national. Reste ? savoir si le pardon s?accompagnera d?un retour politique ou simplement d?une tourn?e d?absolution m?diatique.
JRMA