?L’AGOA n’est pas une aide, elle porte sur le commerce?

Lire l?analyse de la Directrice ex?cutive du Centre du commerce international sur l’expiration de l’AGOA

D?claration de Pamela Coke-Hamilton, Directrice ex?cutive, Centre du commerce international (ITC)
(Gen?ve) ? La Loi sur la croissance et les opportunit?s ?conomiques en Afrique (AGOA), pierre angulaire du commerce entre les ?tats-Unis et l’Afrique, expire aujourd’hui.

Il est question d’un renouvellement, mais ? ce jour, nous n’en savons pas plus.
Depuis un quart de si?cle, l’AGOA permet un acc?s en franchise de droits au march? am?ricain pour les marchandises provenant de 32 pays africains. Elle favorise ainsi la croissance ?conomique, la cr?ation d’emplois et le renforcement des liens commerciaux.
Les pays ?ligibles en ont tir? parti ? des degr?s divers, mais dans l’ensemble, cet accord a ?t? mutuellement b?n?fique.
L’expiration de l’AGOA serait un coup dur pour les pays africains qui subissent d?j? le poids des nouvelles mesures commerciales, des derniers droits de douane aux exigences en mati?re de durabilit?. L’acc?s aux march?s cl?s devient de plus en plus difficile, et les pays africains, en particulier les moins d?velopp?s, en ressentent les effets.

Prenons l’exemple du Lesotho. Pr?s de 60 % de ses exportations de v?tements sont destin?s aux ?tats-Unis, pour une valeur de plus de 230 millions de dollars par an. Dans le cadre de l’AGOA, ces produits entraient sur le march? am?ricain en franchise de droits ; aujourd’hui, ils sont frapp?s d’un droit de douane de 15 %. Ce taux peut sembler raisonnable en comparaison des 50 % initialement annonc?s, mais cette mesure a entra?n? des annulations de commandes, des pertes d’emplois et une baisse de la comp?titivit? par rapport aux pays voisins comme le Kenya et l’Eswatini, soumis ? un taux de 10 %. L’industrie textile du Lesotho emploie 40 000 personnes. Cette situation affecte de vraies personnes, de vraies vies.

L’Afrique du Sud conna?t une situation similaire. Les producteurs d’agrumes, qui repr?sentent 140 000 emplois dans le secteur agricole, sont d?sormais soumis ? un droit de douane de 30 % ? le plus ?lev? du continent ? qui s’ajoute aux droits de douane pr?existants. En ce qui concerne les voitures, selon nos donn?es, les exportations de v?hicules particuliers vers les ?tats-Unis ont chut? de pr?s de 40 % en glissement annuel au deuxi?me trimestre 2025. Nous estimons que les exportations globales du pays vers les ?tats-Unis pourraient chuter de 17 % d’ici 2029. L’Afrique du Sud est le premier partenaire commercial des ?tats-Unis sur le continent, ce qui aurait des r?percussions sur les fabricants am?ricains.

En ce qui concerne les secteurs, si l’AGOA n’?tait pas renouvel?e, le secteur le plus touch? serait celui de l’habillement et du textile. Nos donn?es montrent que les droits de douane ? eux seuls vont se traduire par une r?duction des exportations des pays b?n?ficiaires de l’AGOA vers les ?tats-Unis de 11 % d’ici 2029. Avec la fin de l’AGOA, ce chiffre atteindrait 21 %. D’autres secteurs ? forte intensit? de main-d’?uvre, tels que le cuir, la chaussure, les produits alimentaires transform?s et les boissons, risquent ?galement de perdre du terrain.

Dans une perspective future, il ne s’agira pas seulement d’une question de pr?f?rences perdues ou d’acc?s r?duit au march?, il s’agira surtout d’un test sur les capacit?s de r?action des ?conomies africaines. Les pays africains peuvent saisir cette occasion pour s’engager pleinement dans la diversification au-del? des secteurs et des march?s traditionnels, la transformation des marchandises avant leur exportation et le renforcement du commerce au sein du continent. Il faut pour cela se projeter ? long terme, et la Zone de libre-?change continentale africaine est notre meilleur outil pour y parvenir. Elle peut ouvrir les march?s r?gionaux, attirer les investissements et r?duire la d?pendance vis-?-vis d’un partenaire commercial unique.

Permettez-moi de conclure par cette remarque : l’AGOA n’est pas une aide, elle porte sur le commerce. Elle a profit? ? la fois aux exportateurs africains et aux fabricants bas?s aux ?tats-Unis. Il est grand temps que l’Afrique accorde la priorit? ? l’Afrique en renfor?ant les cha?nes de valeur r?gionales et en veillant ? ce que m?me les plus petites entreprises aient un r?le ? jouer au c?ur de cette transformation.

Notes aux ?diteurs
? propos du Centre du commerce international

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