Frantz Fanon, cent ans d?un combat pour l?humain

La question des r?parations


Fanon pose la question des r?parations dans « Les Damn?s de laTerre ». Pour lui, la colonisation et l?esclavage ne peuvent pas ?tre effac?s par une simple ind?pendance juridique. Il insiste sur le fait que les pillages, les massacres, l?esclavagisme ont enrichi les puissances imp?rialistes au prix de souffrances incalculables. Il pense donc qu?une vraie justice exige des r?parations, au nom de la m?moire, de la dignit? et de la v?rit?.

Dans « Les Damn?s de la Terre », il ?crit : ? Les gouvernements des diff?rentes nations europ?ennes ont exig? des r?parations [?] Pareillement, nous disons que les ?tats imp?rialistes commettraient une grave erreur s?ils se contentaient de retirer de notre sol les cohortes militaires [?] La richesse des pays imp?rialistes est aussi notre richesse. ?

Ces propos, souvent oubli?s, r?sonnent encore aujourd?hui dans les d?bats contemporains sur la restitution des ?uvres d?art, la dette coloniale, les r?parations financi?res ou symboliques. Fanon nous rappelle que la d?colonisation n?est pas achev?e tant que les rapports ?conomiques et symboliques de domination persistent.

La tentation et les limites de la violence

L?un des aspects les plus controvers?s de la pens?e fanonienne reste sa r?flexion sur la violence. Fanon consid?re que, dans le cadre colonial, la violence est structurelle et que r?pondre par la violence devient alors une mani?re de se r?approprier son humanit?. ? La violence est l?homme r?habilit? ?, ?crit-il. Mais cette position a suscit? de nombreuses critiques. Certains lui reprochent de glorifier la violence r?volutionnaire, de l??riger en mythe r?dempteur, au d?triment d?autres formes de r?sistance : culturelles, spirituelles, ?ducatives, politiques. Il est vrai que Fanon, dans l?urgence de la lutte alg?rienne, privil?gie l?action directe. Cela peut appara?tre aujourd?hui comme une vision partielle, inadapt?e aux luttes contemporaines.

Cependant, r?duire Fanon ? un th?oricien de la violence serait injuste. Sa pens?e est aussi un cri contre l?inhumanit? du syst?me colonial, une tentative d?sesp?r?e de rendre sa dignit? ? celui qui en a ?t? d?poss?d?. Fanon ne glorifie pas la violence gratuite. Il en souligne les dangers, les impasses possibles. Il sait que la lib?ration n?est pas garantie par les armes, mais par un profond changement de conscience.

Un solitaire universel

Aim? C?saire, dans la revue « Pr?sence Africaine » en 1962, quelques mois apr?s la mort de Fanon, ?crivait
? Fanon a v?cu jusqu?au bout son destin de paladin de la libert? [?] Il est mort en soldat de l?Universel. Le tragique ? C?est que sans doute cet Antillais n?aura pas trouv? des Antilles ? sa taille et d?avoir ?t?, parmi les siens, un solitaire. ?

Ces mots disent tout : la grandeur de Fanon, mais aussi sa solitude. Trop radical pour les mod?r?s, trop antillais pour certains Africains, trop r?volutionnaire pour les intellectuels bourgeois, trop critique pour les militants dogmatiques? Fanon d?rangeait. Il a fini isol?, malade, exil? ? mais fid?le ? sa vision.

Conclusion

Cent ans apr?s sa naissance, la voix de Fanon continue de r?sonner. Ses appels ? fuir les mod?les europ?ens, ? construire un monde fond? sur la dignit? et la pluralit?, trouvent un ?cho dans les luttes d?coloniales, dans les mouvements pour la justice raciale, ?cologique et sociale. Les peuples du Sud global, les diasporas, les opprim?s de toutes sortes red?couvrent Fanon comme un compagnon de route, un ?claireur de conscience.

Certes, sa pens?e a des limites. Elle est marqu?e par l?urgence, parfois excessive, d?une ?poque de feu. Mais elle nous oblige ? poser les bonnes questions : qu?est-ce qu??tre libre ? Comment se d?faire de l?ali?nation ? Peut-on penser l?universel sans effacer les diff?rences ? Comment rendre ? chaque ?tre humain sa dignit?, sa voix, son histoire ?

Jean-Claude DJEREKE

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