Dans quelques jours, le Cameroun jouera son avenir lors des ?lections pr?sidentielles.

Il y a 35 ans, je publiais dans Cameroon Tribune un article intitul? ? Le retour du diable ?. Trois d?cennies et demie plus tard, ce texte r?sonne avec une acuit? gla?ante : notre pays s?effondre, rong? par une mis?re rampante qui s?est install?e dans nos vies comme une fatalit?.
Nous continuons, pour beaucoup, ? danser au rythme d?un pouvoir vid? de sa substance. Le RDPC n?est plus qu?un simulacre, r?duit ? la figure d?un pr?sident omnipr?sent dans les discours, mais devenu spectre dans les actes.
Je ne suis pas m?decin. Je suis journaliste, experte en communication. Je travaille encore, avec la m?me passion, mais dans un autre registre. Ce qui est path?tique, voire pathologique, c?est de voir un pays s??teindre ? petit feu. Je ne suis pas en Occident. Je suis en Afrique. Je voyage dans des nations o? le mot ? ind?pendance ? n?a pas ?t? vid? de son sens.
Ind?pendance du Cameroun : parlons vrai
Le contentieux historique Cameroun – France , que le Dr Daniel YAGNYE TOM d?nonce depuis des d?cennies, reste entier. 2025 n?a rien r?solu. Sommes-nous sortis du cercle tragique ? Non.
- Qui a gagn? la guerre d?ind?pendance ? La France.
- C?est elle qui a impos?, impose encore, sa loi aux Camerounais.
- Qui conna?t les accords post-ind?pendance ? Presque personne.
Tout passe par l?euro et la Banque de France. Le CFA nous tient toujours en laisse. Nous avons ?t? lessiv?s, par les Fran?ais, bien s?r (mes oncles), mais aussi par nous-m?mes. Depuis plus de 60 ans, notre histoire est falsifi?e, notre m?moire confisqu?e.
Et maintenant, Emmanuel Macron veut transformer cette trag?die en ?v?nement culturel? avec notre b?n?diction ? Faut-il applaudir pendant qu?on nous r??crit ?
La France des Lumi?res s?est b?tie sur le sang africain : esclavage, colonialisme, n?ocolonialisme. Au Cameroun, elle a men? une guerre qui a co?t? la vie ? pr?s de 300 000 nationalistes, rebaptis?s ? maquisards ? pour mieux effacer leur combat. Paris reste, encore aujourd?hui, la voix de son ma?tre. Une trajectoire ?maill?e par le tribalisme
Pendant des d?cennies, j?ai subi un tribalisme rampant au Cameroun. Les insultes, des insinuations vicieuses : chauve-souris, Nkenkerou, asmodisia, cochon gratt?, Agatha, ont souvent jalonn? mon parcours. Ainsi, je ne me reconnais pas dans ce repli ethnique qui ne sert qu?une minorit?, sous couvert d?un tribalisme savamment orchestr?.
Ce qui sid?re, c?est de voir certains s?accrocher ? des ?lucubrations villageoises pour justifier la long?vit? d?un pr?sident africain. En v?rit?, cette long?vit? repose sur une m?canique bien huil?e : l?accaparement des ressources publiques par une caste qui les d?tourne pour corrompre et ?craser.
Dire cela ne fait pas de moi une opposante. Cela fait de moi une patriote lucide.
Un choix assum?, un engagement visc?ral
Je suis Camerounaise par choix. J?ai obtenu mon baccalaur?at en France, mais j?ai choisi de rentrer au Cameroun en 1983. J?ai ?tudi?, travaill? 35 ans, fond? une famille dans mon pays. C?est pour mes enfants et pour la jeune g?n?ration que je prends la parole aujourd?hui.
M?me ministre, je d?noncerais la d?ch?ance actuelle du Cameroun. Nous sommes tous complices, ? des degr?s divers : passe-droits, trafics d?influence, tchoko. C?est notre Cameroun. Francophones, anglophones? nul n?est innocent.
Pendant ce temps, les OTS et autres gagne-mis?res crient famine.
Silence impos?, pillage m?thodique
Pourquoi ne pas exiger des profiteurs du syst?me qu?ils freinent leur voracit? ? On demande aux victimes de pr?server la paix sociale, co?te que co?te. Brim?s, battus? trop facile. Les ?l?phants s?affrontent, et l?on exige de l?herbe qu?elle reste immobile.
Au Cameroun, il n?y a que deux tribus : les oppresseurs et les opprim?s. Le reste n?est que diversion.
On nous impose le silence pendant que le pillage s?intensifie. Les bien-pensants d?p?cent la ? b?te ? Cameroun en se gavant. Appartements luxueux ? Paris, dans le 16e, voisins de Dominique de Villepin ; ? Neuilly, avec Nicolas Sarkozy ; ou sur la 5e Avenue ? New York. Et que dire des comptes num?rot?s dans des paradis fiscaux ?
M?moire vive, parole aff?t?e
Alors adolescente, imaginer un Cameroun sans le pr?sident Ahidjo relevait de l?impensable. Aujourd?hui, on nous rejoue le m?me sc?nario.
? la veille de ma retraite, j?ai servi quatre ans au minist?re de la Communication, sous la tutelle de Monsieur Tchiroma. Un conflit violent m?a oppos?e ? un directeur. Dans ce contexte tendu, Monsieur Tchiroma s?est distingu? par une droiture rare. Il a tranch? avec ?l?gance, mais surtout avec une justice exemplaire. Il a r?tabli l??quilibre l? o? l?abus mena?ait. Ce geste, dans un environnement souvent hostile, m?rite d??tre salu? avec force.
Je ne me laisserai pas embarquer dans des youyou creux et insipides. Je n?ai ni besoin d?huile de sardine, ni de gadgets ? deux sous pour livrer le sort de mon pays ? une « esp?rance » sans lendemain.
By Isabelle ESSONO Luanda, 07 octobre 2025.