Malgr? son adh?sion ? l?initiative ITIE en 2005, le pays peine encore ? assainir son secteur extractif. Au grand dam de la gente f?minine.

La vie n?est pas dor?e pour les femmes des localit?s recul?es du Cameroun. S?il est ais? pour le commun des Camerounais de coller cette r?alit? aux cultivatrices, il lui faut gravir bien des degr?s dans l?imaginatif pour savoir quelle est la condition des travailleuses artisanales des mines. En un clich?, leur v?cu se raccroche au ?soul?? ou ? la ?buchette? d?or qu?elles peuvent amasser tout au long du jour.
A cette r?alit?, Elisabeth Penken Epouse Nkolo, pr?sidente de la Cellule associative des femmes actives pour la gouvernance des droits humains et du bien-?tre (Cafagb), se frotte depuis 2005. Elle en dresse un tableau o? pr?carit?, expropriation et risque de sant? et de disparition, se disputent la part belle dans la vie de ces femmes. ?Ces entreprises viennent et nous n?avons pas toujours les cahiers de charge sign?s avec l?Etat. Elles creusent des trous et beaucoup de femmes perdent leurs champs. Elles n?ont m?me plus o? cultiver leur manioc, leur macabo, etc.
Elles se retrouvent sans moyen de subsistance et expos?es ? mourir; parce que quand on ne trouve plus de p?pites, elles s?en vont creuser plus bas et l? quelques fois des ?boulements arrivent. Certaines meurent, d?autres ont de la chance et s?en sortent avec un handicap.
Quand les soci?t?s s?en vont, la convention de Ramsar demande 50 ans avant toute nouvelle culture, sinon il y a des produits comme le cyanure qui ne disparaissent pas imm?diatement. On d?place ces femmes de leurs sites. Ne sachant pas comment n?gocier, on leur donne des montants d?risoires alors qu?elles n?ont plus de champ ni de maisons, les populations n?ont m?me plus acc?s aux for?ts qui les nourrissent?, relate-t-elle.
Norme ITIE
La gestion du secteur extractif doit pourtant se faire dans l?int?r?t de tous les citoyens, celui des populations des localit?s mini?res en premier chef. Telle est la vis?e de l?Initiative pour la transparence dans le secteur extractif (ITIE) ? laquelle le Cameroun adh?re depuis 2005. Aussi, un d?cret du Premier ministre fixe depuis 2013, les conditions de r?alisation d??tudes d?impacts environnementales.
A en croire ledit texte, celles-ci doivent se faire: ?avec la participation des populations concern?es ? travers des consultations et audiences publiques, afin de recueillir les avis des populations?. Elles apparaissent dans la r?glementation camerounaise comme un pr?alable ? l?octroi des titres miniers, ainsi que des autorisations et permis d?exploitation des carri?res. L?ITIE introduit par ailleurs des exigences pour accroitre la compr?hension publique de toute la m?canique autour de l?exploitation des ressources du sous-sol.
Aussi, le pays s?est dot? courant 2016 d?un Code minier qui fixe les obligations des entreprises mini?res. Notamment: celles relatives au paiement d?une indemnit? pour expropriation, ? la formation, au d?veloppement des comp?tences et au recrutement des Camerounais, principalement les ressortissants des zones extractives dans les secteurs; au d?veloppement social de la population riveraine et autochtone;
Pourtant malgr? les avanc?es, le chantier de la bonne gouvernance reste ardu dans le pays. En t?moigne le rapport ITIE 2022 du Cameroun, publi? en janvier 2025. Et qui donne un aper?u des manquements persistants ? l?encontre des communaut?s. A l?occurrence: l?absence de divulgation des annexes des conventions mini?res qui emp?che une ?valuation compl?te des engagements sociaux des entreprises; la non publication des ?tudes d?impact environnemental, des audits environnementaux et sociaux, ainsi que des certificats de conformit? environnementale.
A cela s?ajoute l?absence de m?canisme contraignant pour la mise ? disposition de ces documents, ce qui freine l?acc?s ? l?information par les parties prenantes. ?Bien que la r?glementation impose des consultations publiques, leur application reste partielle. Les Etudes d?impact environnemental ne pr?cisent pas toujours le nombre de personnes consult?es ni leur r?partition par genre. Impact: Participation limit?e des communaut?s, r?duisant leur capacit? ? exprimer leurs pr?occupations; risque de tensions sociales li? ? un manque d?information et de dialogue?, lit-on.
P?ril sur les femmes
Ces contraintes ont un effet imm?diat sur les conditions de vie de la gente f?minine dans les localit?s extractives. D?j? sous l?emprise d?obligations familiales importantes, ces derni?res font l?exp?rience des multiples facettes de la r?silience. ?Sur les sites, il y a des habitats de fortune qui sont construites avec des feuilles. Certaines ne rentrent pas le soir parce qu?elles doivent ?tre l? t?t pour r?cup?rer leurs places dans la mine. Quand elles dorment l?, vous pouvez imaginer la promiscuit? qu?il y a dans ces abris.
Il faut aussi compter les maladies qui sortent de l? et la violence. Parce que lorsqu?elles rentrent le soir et qu?elles ont vendu le soul?, ou la buchette ou le grain et qu?elle n?a rien eu ? donner au mari, elles subissent des violences. C?est ?a qui am?ne plusieurs ? fuir la maison pour regagner ces abris de fortune. D?autres encore finissent pas fuir le foyer parce que ne supportant plus de donner son argent ? un mari qui a d?missionn? de ses fonctions une fois le champ.
Dans ces abris, on r?unit des feuilles et des branches d?arbres pour former un lit pour pouvoir dormir. Si ? la fin de la journ?e de travail, elle a m?me un mal de t?te, elle est oblig?e d?aller chez les vendeurs du coin pour acheter m?me un parac?tamol. Mais quel est le m?decin qui l?a consult?e?, d?plore la sexag?naire dont la suite du discours trouve un ?cho dans les souvenirs de Bertrand Awaseh, ancien employ? de mine dans le village aurif?re de Colomine, dans le d?partement du Lom et Djerem, r?gion de l?Est.
Ce dernier liste une s?rie de drames affectant ces op?ratrices. ?Les femmes sont nombreuses dans les activit?s auxiliaires mais expos?es ? des grandes difficult?s. Comme il y?a l?absence de protection, il y a le harc?lement, il y a les violences et le manque d?acc?s ? des services sociaux. Ce n?est pas vraiment facile pour des femmes de s?en sortir dans ce secteur. Pour leur sant?, des fois des ONG les appuis avec des campagnes de sant? reproductive et de lutte contre le VIH et certains sinistres. Il faut des infrastructures sanitaires pour elles?, d?clare ce technicien industriel.
Des besoins non combl?s
La r?alisation d?infrastructures genr?es est une pr?occupation constante ? Betar? Oya, une commune aurif?re de 59 villages dans le Lom et Djerem. Le maire Nicolas Baba, en a pris la pleine mesure depuis son ?lection en 2020. ?On est parti du bas vers le haut, c?est ? dire ? partir de l? o? on n?a jamais investi, on a pu recenser 7 villages, nous avons arr?t? des projets et nous avons lanc? la contractualisation. Certains ont ?t? ex?cut?s et d?autres non suite ? un probl?me avec les imp?ts?, explique l??lu local.
Les fonds pour le faire, ont ?t? majoritairement tir?s de la redevance mini?re revers?e courant 2021. Seul b?mol ? l?ombre de ce tableau: les transferts de fonds se rar?fient et les informations sur les dus de la commune rel?vent d?un secret de polichinelle. ?Actuellement c?est notre combat. Au sein de l?Association des communes mini?res, nous sommes en train de faire un plaidoyer aupr?s de l?Etat pour qu?on puisse acc?l?rer les choses, parce que selon certaines sources, la r?partition a d?j? ?t? faite.
Il reste juste que le ministre des Finances mette ?a ? la disposition des communes. Dans les textes, il est pr?vu qu?au moment de recueillir le produit, la mairie doit ?tre repr?sent?e pour qu?elle sache ce qui lui revient. Mais ce n?est pas ce qui se passe. La gestion de l?or est tellement opaque?, explique Nicolas Baba.
Le ministre des Finances a d?fini les quote-parts des recettes dus aux communes mini?res dans son arr?t? du 16 juillet 2025. Il s?agit de 2% sur les droits de concessions domaniales; 2% au profit des populations riveraines et 6% pour les communes des sites dans le cadre de la taxe ad valorem pour la petite mine, l?artisanat minier et la mine industrielle ; 2% pour les populations et 5% pour la commune territorialement comp?tente en mati?re de taxe ? l?extraction (revers?s dans les comptes de la recette municipale) et 3% pour la commune (d?pos?s dans les comptes sp?ciaux).
A ceux-ci s?ajoutent des recettes pr?lev?es au b?n?fice de l?ensemble des collectivit?s d?centralis?es. Une divulgation syst?matique des donn?es d?sagr?g?es et ventil?es par r?gion aurait pu combler le gap en mati?re d?informations. Seulement le chantier de l?exploitation de ces documents rel?ve d?un parcours de combattant. Outre, la multiplicit? des documents existants sous des formats PDF complexes, loin du Comma-s?parated values (CSV) ou du format Excel requis pour pr?senter les donn?es sous forme tabulaire ; il faut encore composer avec une proc?dure de certification des comptes longue.
Plus encore, la Norme ITIE 2019 pr?conise des donn?es facilement compr?hensibles. Le constat fait par l?auteur de cet article ?tablit une technicit? des donn?es qui en appellent ? une culture solide en mati?re de finances publics. De quoi cr?er ce que dit la loi.
Louise Nsana