Une arm?e forte ou la disparition programm?e : le choix crucial des ?tats africains

Depuis les ind?pendances formelles dans les ann?es 1960, la quasi-totalit? des pays africains anciennement colonis?s par la France n?ont jamais pris la mesure de l’importance strat?gique de poss?der une arm?e nationale forte, capable de d?fendre la souverainet? et les int?r?ts de la nation.

La s?curit?, bien trop souvent rel?gu?e au second plan, a ?t? abandonn?e aux puissances ?trang?res principalement ? l?ancienne puissance coloniale fran?aise ou ? des forces multinationales comme celles de l?ONU. Cette d?pendance s?curitaire s?est r?v?l?e catastrophique ? plusieurs reprises, lorsque ces alli?s suppos?s se sont montr?s absents, inactifs ou complices au moment des grandes crises.

I. Une d?pendance historique lourde de cons?quences

L?exemple de la C?te d?Ivoire en septembre 2002 est embl?matique. Le pr?sident Laurent Gbagbo, ?lu dans un climat de tension, a ?t? d’abord attaqu? par une r?bellion entra?n?e au Burkina Faso. Il a ?t? ensuite renvers? en 2011 ? la suite d?une intervention militaire ?trang?re sous couvert de la r?solution d?une crise post-?lectorale. Derri?re le discours sur la d?mocratie, l?intervention fran?aise, appuy?e par l?ONUCI, a clairement d?montr? qu?en l?absence d?une arm?e nationale puissante et fid?le ? l??tat, un pays peut ?tre soumis ? une ing?rence ?trang?re au m?pris de sa souverainet?. Le cas du Centrafrique de Faustin-Archange Touad?ra est tout aussi r?v?lateur.

Malgr? la pr?sence constante des forces fran?aises (op?ration Sangaris jusqu?en 2016) puis de la MINUSCA, le pays est rest? en proie ? une instabilit? chronique, domin? par des groupes arm?s et plong? dans le chaos. Ni la paix, ni la s?curit? n?ont ?t? r?tablies durablement. Cela prouve une v?rit? simple : aucune force ?trang?re ne prot?gera durablement un pays mieux que ses propres forces nationales.

La R?publique D?mocratique du Congo (RDC) constitue l?un des exemples les plus dramatiques. Depuis plus de deux d?cennies, l?Est du pays est le th??tre de violences inou?es, de massacres ? grande ?chelle, de viols syst?matiques, malgr? la pr?sence de la MONUSCO, l?une des plus grandes missions de maintien de la paix des Nations unies. Cette mission n?a jamais pu, ou voulu, emp?cher les exactions. Des millions de Congolais ont ?t? tu?s ou d?plac?s, et les ressources du pays continuent d??tre pill?es par des puissances ?trang?res ou des groupes arm?s soutenus de l?ext?rieur. L?absence d?une arm?e puissante et bien organis?e a ?t? l?une des principales causes de ce d?sastre humanitaire et ?conomique.

II. Une richesse sans d?fense est une proie

La majorit? des pays africains disposent de ressources naturelles consid?rables minerais rares, p?trole, gaz, or, diamants, for?ts tropicales. En th?orie, ces ressources devraient ?tre un levier de d?veloppement ?conomique et social.

En pratique, elles attirent les convoitises de puissances ?trang?res ou d?acteurs ?conomiques sans scrupule, souvent soutenus militairement ou politiquement par leurs gouvernements. Sans une arm?e forte, disciplin?e, bien ?quip?e et motiv?e, aucun pays ne peut d?fendre efficacement ses richesses. L?histoire r?cente regorge d?exemples o? des entreprises multinationales ont profit? du chaos ou de la faiblesse de l??tat pour piller les ressources naturelles, souvent en complicit? avec des ?lites locales corrompues. Un pays qui ne peut prot?ger ses mines, ses for?ts, ses fronti?res ou ses citoyens est condamn? ? rester d?pendant et sous-d?velopp?, quelles que soient ses richesses.

Dans ce contexte, la priorit? ne peut plus ?tre la construction d?infrastructures visibles mais vuln?rables comme les routes, ponts ou h?pitaux, si l?on n?est pas capable de prot?ger ces investissements. L?arme de la dissuasion militaire est un outil fondamental du d?veloppement durable et souverain. On ne construit pas une nation forte sans un pilier s?curitaire solide.

III. L?exemple des puissances qui se font respecter

Le cas de l?Iran est r?v?lateur. Isol? sur la sc?ne internationale, menac? de toutes parts, ce pays a compris tr?s t?t qu?aucune aide ext?rieure ne le prot?gerait. En d?veloppant une arm?e puissante, des missiles balistiques, une strat?gie militaire autonome et dissuasive, l?Iran est aujourd?hui respect? voire craint m?me par ses ennemis. La r?cente riposte militaire contre Isra?l montre qu?un pays qui se donne les moyens de riposter n?est jamais attaqu? ? la l?g?re.

Les autres exemples sont bien connus : la Chine, la Russie, la Cor?e du Nord, l?Inde ou encore le Pakistan ont tous compris que leur souverainet? passait par la force militaire. Qu?ils soient d?mocratiques ou autoritaires, riches ou en d?veloppement, ils savent qu?aucune n?gociation s?rieuse ne peut se faire sans une force militaire cr?dible en arri?re-plan. La dissuasion, m?me sans utilisation directe des armes, est une garantie de paix.

IV. Les Occidentaux n?avaient aucun int?r?t ? armer l?Afrique

Confier la s?curit? des pays africains aux anciennes puissances coloniales a ?t? une erreur historique monumentale. Ces puissances n?avaient, et n?ont toujours, aucun int?r?t ? voir ?merger des ?tats africains puissants et ind?- pendants. Le maintien d?une certaine instabilit?, d?une d?pendance s?curitaire et ?conomique, leur permet de continuer ? piller les ressources naturelles du continent en toute impunit?.

Il est donc absurde et m?me dangereux de continuer ? suivre les conseils des ? partenaires ? occidentaux qui r?p?tent que la priorit? est au d?veloppement ?conomique et non ? la d?fense. Dans les faits, un pays qui ne peut se d?fendre n?a pas d??conomie. Un h?pital ou une ?cole ne servent ? rien si le territoire est livr? aux groupes arm?s. Une route ne fait pas avancer un pays si elle est emprunt?e par des forces ?trang?res ou des milices pour transporter des ressources vol?es.

Demander ? un pr?dateur de veiller sur sa proie, c?est faire preuve de na?vet?, voire d?une profonde irresponsabilit? politique. Les ?lites africaines doivent prendre conscience que l?ind?pendance r?elle passe par l?autonomie militaire.

V. Le r?veil militaire africain: l?exemple du Burkina Faso

Face ? la menace terroriste grandissante dans la r?gion du Sahel, certains dirigeants commencent ? changer de paradigme. Le capitaine Ibrahim Traor?, pr?sident de la transition au Burkina Faso, a compris que la premi?re condition de survie de son pays est une arm?e nationale forte, enracin?e dans le peuple, motiv?e par la d?fense du territoire et non par des privil?ges ou des int?r?ts ?trangers.

En mobilisant la jeunesse, en r??quipant les forces arm?es, en mettant fin aux coop?rations militaires inefficaces avec les anciennes puissances coloniales, le Burkina Faso tente de b?tir une d?fense souveraine et populaire. Ce mod?le, encore fragile, m?rite d??tre ?tudi? et soutenu. Il pourrait inspirer d?autres pays africains confront?s aux m?mes d?fis.

L?histoire r?cente de l?Afrique postcoloniale montre une v?rit? ?vidente : sans arm?e forte, pas de souverainet? ; sans souverainet?, pas de d?veloppement r?el. Le continent africain ne pourra jamais profiter de ses richesses tant qu?il sera incapable de se d?fendre contre ceux qui veulent les exploiter. Les discours sur la d?mocratie, les droits de l?homme ou la bonne gouvernance restent creux si, dans les faits, les ?tats africains restent vuln?rables aux ing?rences ext?rieures et aux groupes arm?s.

Il est temps que les dirigeants africains cessent d??couter les conseils biais?s de ceux qui ont toujours profit? de leur faiblesse. La priorit? absolue doit ?tre la construction d?institutions militaires solides, efficaces, nationales. Le d?veloppement viendra ensuite prot?g?, garanti, durable. L’Afrique doit enfin comprendre que la paix ne se qu?mande pas. Elle se construit, les armes ? la main, par une volont? politique in?branlable.

Jean-Claude DJEREKE

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