Chez nous, comme chez les autres d?ailleurs, la presse est consid?r?e comme un des lieux o? non seulement se d?roule le d?bat politique par l??change d?arguments, mais aussi o? se nouent les rapports de force, par la prise de position des diff?rents acteurs.

Au Cameroun, le contexte politique aidant, nos m?dias n?en finissent plus de proposer une masse d?hommes dont les id?es r?agissent au m?me instant sur les plateaux. Seulement, s?il est commun de consid?rer que cela nourrit le d?bat sociopolitique, il est de plus compliqu? de ne pas se poser la question de savoir si les plateaux radio et t?l? ne sont pas devenus un lieu o? ? quelque chose se passe ?.
Prenons les choses par ce bout et commen?ons par observer qu?autour de certains sujets, les d?bats propos?s par nos cha?nes de radio et de t?l?vision tournent en bataille d?experts. Bien loin des th?mes et des questions ? l?ordre du jour, le jeu de la parole de nos agr?g?s se vit comme un soufflet de forge qui attise la moindre ?tincelle, pour en faire jaillir un immense incendie. Outre mesure, on ne saurait se surprendre de ce qui est finalement offert au public : des ?missions engag?es dans un processus de d?nigrement mutuel dans un tohu-bohu d?attaques indirectes ou sous-entendues, toutes combin?es parfois ? des d?clarations sentencieuses, ? des invectives venimeuses et ? un grand nombre d?erreurs de raisonnement. Et s?agissant de nos ? Professeurs ?, il n’est pas s?r qu?on puisse consid?rer que leur langage lors des d?bats repr?sente encore le langage d?expert.
Pendant de longues minutes, tout ce que disent nos experts et sp?cialistes op?re au d?triment de l?analyse critique des probl?mes et des solutions. Ce ph?nom?ne est remarquable lorsque, consciemment ou non, ils d?cident de rentrer dans le d?bat par une question secondaire. Cette d?rive n?exon?re pas le public, qui est loin d??tre une victime, puisqu?il nourrit, suscite ces involutions, participe aux ?missions et les regarde?
De plus en plus flagrant, l?atypisme de l?image que renvoient nos agr?g?s affiche une trop grande incivilit? et sugg?rent une communication sans contr?le aucun. Dans ce vacarme, il s?ensuit un d?centrage du d?bat ? partir d?un dispositif qui trahit ouvertement d?ficits de coh?rence. Et de fait, on plonge dans On n?est plus dans les fantasmes de quelques individus qui attendent que le mod?rateur g?re les tours de parole dans le sens de leurs int?r?ts. ? cause d?un paradoxe qui leur est propre, ils ne se contentent pas seulement de perdre du temps aux mod?rateurs. Ils sont aussi producteurs de trivialit?s.
Finalement, on se trompe en pensant que nos agr?g?s sont des personnes qui ont r?ussi ? ?chapper aux tyrannies du sens commun ou aux a priori. On se rend bien compte que, d?eux-m?mes, ils donnent l?image n?gative d?intellectuels cassant ou verbeux, ? l?aise dans les discours g?n?raux et le tintamarre du buzz m?diatique. La tentation est grande, alors, d?opposer savants et experts aux gens qui viennent d?cliner leurs parcours et profil sur les plateaux. A ce titre, il est lourd de signification de voir que cette spectacularisation port?e par nos agr?g?s n??chappe pas aux ressorts du mauvais spectacle.
Jean Ren? Mev?’a Amougou