Le chef des initiatives sous r?gionales du bureau sous r?gional pour l?Afrique central de la CEA pr?sente les avantages et la situation des Zones ?conomiques sp?ciales de nouvelles g?n?ration pour les pays de la sous-r?gion Afrique Centrale.

C?est quoi une zone ?conomique sp?ciale (ZES)? Et comment en est-on arriv? aujourd?hui au concept de Zone ?conomique sp?ciale nouvelle g?n?ration (ZESNG)?
Les ZES sont des espaces, des territoires bien pr?cis qui b?n?ficient de tous les avantages (incitation, privil?ge) qu?il faut consacrer pour cr?er un ?cosyst?me le plus favorable possible pour les op?rateurs ?conomiques de pouvoir se concentrer sur les chaines des valeurs, mais qui sont des chaines des valeurs ? fort potentiel d?int?gration, ? fort potentiel d?expansion, et ? fort potentiel d?innovation.
Lorsqu?on parle de chaine de valeur de nouvelle g?n?ration, ce sont des chaines de valeurs qui sont taill?es sur mesure pour pouvoir v?ritablement int?grer nos Pme et Pmi dans des zones bien d?limit?es pour leur permettre de pouvoir transformer leur production sur place en des produits de qualit?. D?un c?t?, pouvoir les exporter sur les niches de march?s mondiaux, mais aussi ? partir de ces lieux pr?cis exporter leurs produits sur le march? de la Zlecaf (Zone de Libre-?change continentale africaine). Nous devons utiliser cet instrument comme un moyen de promotion et d?expansion. Nous avons aussi dans la notion de ZESNG la notion d?innovation. C?est-?-dire que nous devons d?sormais valoriser les produits qui sont issus de nos terroirs. Il nous faut partir de nos r?alit?s dans les campagnes pour faire en sorte qu?on puisse construire les ZES qui ?pousent les r?alit?s de nos bassins de production. Dans l?innovation, nous voulons connecter nos Pme, nos millions de producteurs qui sont dans le secteur agricole, nous voulons passer ? une agriculture de pr?cision (c?est-?-dire, utiliser des dr?nes) pour pouvoir accompagner d?sormais les jeunes et les femmes qui veulent aller dans l?agro-industrie.
L?Innovation voudrait dire que si nous devons financer ces ZES sur mesure, il faudrait qu?on puisse le faire sans augmenter l?endettement. C?est faire preuve d?imagination, utiliser des instruments qui se tournent vers des actifs strat?giques que nous avons dans le bassin du Congo pour faire de ce capital naturel le premier instrument pour financer le projet de ZENG
Nouvelle g?n?ration veut dire encore qu?apr?s 50 ans, nous n?avons pas r?ussi v?ritablement ? maitriser la conceptualisation et la mise en ?uvre de ce concept au niveau de l?Afrique centrale. Du coup, le symposium que nous venons de boucler apr?s 3 jours nous permet d?sormais d?avoir une compr?hension commune du concept de ZESNG. Ce sont des ZES qui vont nous permettre d?acc?l?rer l?int?gration de nos ?conomies, acc?l?rer la promotion de nos exportations, mais aussi booster le commerce intracommunautaire en mati?re de produit manufactur?s.
Quelles sont les chaines de valeurs prioritaires que vous avez choisies avec la strat?gie du plan directeur d?industrialisation ?conomique?
Nous avons cibl? 5 chaines de valeurs prioritaires. La premi?re, c?est la chaine de valeur p?trole-produit raffin?-engrais; la deuxi?me, c?est la chaine de valeur for?t-bois-meuble; la troisi?me chaine de valeur c?est la chaine de valeur mine-m?tallurgie; la quatri?me, c?est l?agroalimentaire-pharmaceutique; et la cinqui?me, rel?ve du domaine des services. Ce sont des chaines de valeurs ? fort potentiel d?int?gration. Cela permettra ? deux ou trois pays de se mettre ensemble pour commencer la transformation surplace des mati?res premi?res strat?giques ou des minerais critiques comme l?or, ou des produits alimentaires comme le ma?s, l?huile de palme. Aussi dans les domaines comme le fer, c?est de pouvoir le transformer pour aller jusqu?? la fin de la chaine des valeurs pour produire l?acier, et faire de l?Afrique centrale un p?le industriel, ? travers surtout le projet qu?il y a de cr?er une ZES dans la zone du triangle Edea-Kribi-Douala. Ce sont des chaines de valeur qui nous aident ? bien d?finir la notion de ZESNG.
L?Afrique centrale dispose de combien de Zones ?conomique aujourd?hui?
En Afrique centrale, nous n?avons pas beaucoup d?exemples. Le seul exemple que nous pouvons qualifier d?exemple r?ussit, c?est la zone de Kok, au niveau du Gabon, qui, ? partir de 2010 a traduit la volont? du pays de pouvoir mettre en ex?cution une mesure d?interdiction du bois de grume sur les march?s ?trangers. Aujourd?hui, le Gabon a fait de grandes avanc?es en mettant sur le march? les produits de premi?re transformation du bois. C?est le seul pays qui est sur la voie de pouvoir ? la deuxi?me et ? la troisi?me transformation de bois. Nous avons d?autres outils utilis?s en Afrique centrale depuis 1970, mais le r?sultat ne nous permet pas de dire que nous avons r?ussi ? utiliser cet instrument qui sert ? promouvoir des exportations, de d?velopper les chaines de valeurs locales, nationales et puis de pouvoir s?ins?rer dans les chaines de valeurs r?gionales et mondiales.
Quel est l?impact de l?op?rationnalisation des Zones ?conomiques sp?ciales de nouvelles g?n?rations (ZESNG) sur les ?conomies africaines?
Nous sommes aujourd?hui ? la crois?e des chemins pour ce qui est de l?objectif de passer par les voies les plus courtes pour pouvoir industrialiser nos ?conomies. Donc cet instrument qu?on appelle la ZES a ?t? l?instrument utilis? par les ?conomies naissantes, industrialis?es au niveau de l?Asie du Sud-Est. C?est cet instrument qui a ?t? la recette la plus efficace pour leur permettre de passer du niveau d??conomie de rattrapage continu ? un niveau d??conomie industrialis?e. Je veux citer ici l?exemple de l?Indon?sie, de la Malaisie et la Tha?lande, qui ont utilis? cet instrument pour ?tre tr?s attractif au point que le Vietnam mobilise ? lui seul plus d?investissement direct ?tranger que tous les pays, toutes les ?conomies de l?Afrique centrale r?unies. L?Afrique centrale doit mettre leur ?conomie ensemble pour s?armer d?un outil qui va leur permettre d?exporter plus de produits industrialis?s et aussi se pr?parant pour pouvoir mettre sur le march? des produits manufactur?s pour ?changer entre eux.
Il y a beaucoup d?approches qui ont ?t? mises en place, mais vous privil?gez l?approche Cemac, d?ploy?e dans la mise en ?uvre de la strat?gie d?industrialisation durable de la fili?re bois dans le bassin du Congo et celle du Plan strat?gique de d?veloppement. Pourquoi le plan Cemac?
Il faut d?abord saluer la vision des Chefs d?Etats de l?Afrique centrale qui, dans les premi?res heures de l?ind?pendance ont choisi cette ambition commune, d?initier un processus qui a permis aujourd?hui d?avoir un mod?le commercial, ?conomique, politique que je peux appeler comme une des voies ? suivre. Un exemple que je peux citer, c?est cette possibilit? pour les ?conomies de la Cemac de pouvoir utiliser les instruments l?gaux notamment les directives pour pouvoir traduire des politiques ou des mesures et strat?gies en action concr?te. Aujourd?hui, nous pouvons dans ce domaine op?rationnaliser les chaines de valeurs. Nous pouvons saluer l?orientation strat?gique prise par la Cemac de voir comment passer par des directives pour op?rationnaliser les chaines de valeurs industrielles ? fort potentiel d?int?gration, d?innovation et aussi d?expansion.
Lorsque nous parlons des chaines de valeurs ? fort potentiel d?int?gration, nous voulons trouver ici la meilleure fa?on de surmonter la fragmentation des ?conomies r?gionales; surmonter aussi l?aspect de ce d?ficit de performance en mati?re d?exportation. Ceux des chaines de valeurs ? fort potentiel qui se mettent ensemble afin de mettre en avant l?avantage collectif, de s?attaquer sur une chaine de valeurs pr?cise.
Est-ce que les barri?res tarifaires des fronti?res entre les diff?rents Etats ne constituent pas un frein ? l?int?gration rapide?
La probl?matique n?est pas v?ritablement aujourd?hui sur la question des tarifs. Au niveau de l?espace de la Cemac, nous avons d?j? pass? les diff?rents ?chelons pour avoir une zone de libre-?change entre les six pays. Plus loin, nous avons aujourd?hui un march? commun, une libre-circulation. Nous avons fait des progr?s remarquables. Mais ce que nous n?avons pas r?ussi, c?est la mise en ?uvre syst?matique, c?est l?approche des chaines de valeurs ? fort potentiel. Nous pensons qu?aujourd?hui ? travers le plan directeur d?instrutrialisation et de diversification ?conomique qui a ?t? accord? par les Chefs d?Etat de la sous-r?gion, c?est de pouvoir passer ? l?action pour transformer les mati?res premi?re de l?Afrique centrale, les transformer en produit finis et semi-finis. Il nous faut d?limiter, identifier clairement des espaces d?di?s qui vont mettre trois choses en avant : transformer les chaines de valeur ? fort potentiel en des instruments de cr?ations de richesse. Nous avons cinq chaines de valeur ? concr?tiser en Afrique. Nous mettons l?accent sur le secteur industrie for?t-bois-meuble. C?est un secteur hautement strat?gique compte-tenu de la transition ?cologique et ?nerg?tique.
Le deuxi?me secteur est celui de l?agroalimentaire et pharmaceutique. Apr?s les crises que nous avons travers?es avec les moments du covid-19, il nous parait important de faire en sorte que les chaines de valeurs agro-industrielles, agro-alimentaires puissent ?tre aussi des chaines de valeurs que nous op?rationnalisons ? travers la mise en ?uvre de la politique d?import-substitution, question de r?duire la facture des produits alimentaires. Parce que cette facture se chiffre ? plusieurs dizaines de milliards. C?est une h?morragie que de devoir payer ces produits qu?on aurait d? produire sur place. Il y a une opportunit? ? travers la ZESNG de faire en sorte que qu?on accorde une attention particuli?re ? la transformation du secteur agricole, mais aussi d?aller au-del? de ce secteur et prendre en compte le secteur de la sant?, pour que nous puissions tirer le meilleur profit des plantes.
Est-ce qu?aujourd?hui on dispose d?assez d?outils pour une impl?mentation rapide de ces chaines de valeurs prioritaires?
Il y a une volont? tr?s claire au niveau de la Cemac de passer par des directives communautaires pour pouvoir acc?l?rer la transformation, la concr?tisation, l?op?rationnalisation des chaines de valeur ? fort potentiel d?int?gration et ? fort potentiel d?expansion (booster les exportations pour qu?on puisse changer les chiffres au niveau des parts de march? sur les march?s mondiaux). La performance de l?ensemble des ?conomies de l?Afrique centrale est quasi z?ro. Lorsque nous regardons 60 ann?es de parcours, nous sommes encore ? des taux de march? qui sont autour de 1 ? 2%. Pour augmenter les parts de march?, la performance commerciale fait que nous nous concentrons sur des chaines de valeur ? fort potentiel d?expansion. Ces produits vont nous permettre de g?n?rer des r?serves, des devises, en faveur de l??conomie de la Cemac, mais aussi plus loin des ?conomies de l?Afrique centrale. La strat?gie que nous ?voquons ici est celle de passer des ?conomies de rattrapages continues ? des ?conomies de transformation.
Quelles sont les difficult?s que vous rencontrez au cours de l?impl?mentation de cette ZESNG?
En toute chose, il y a des difficult?s. La 1?re est celle du financement. Mais toute difficult? g?n?re elle-m?me des solutions internes. Nous devons regarder de l?int?rieur et non de l?ext?rieur. Il ne s?agit pas au niveau de la CEA de conseiller les pays pour aller construire les ZESNG pour aller augmenter l?endettement des pays. Nous recommandons fortement d?utiliser le capital naturel, de traduire ce capital naturel en capitaux productifs et de voir comment nous pouvons financer la mise en place des ZESNG. Il s?agit de regarder l?opportunit? pour la Guin?e Equatoriale, le Cameroun et le Gabon de concr?tiser une zone sp?ciale dans la zone des trois fronti?res.
Propos recueillis par
Diane Kenfack