Mahmoud Ali Youssouf, 60 ans, est d?sormais ? la t?te de la Commission de l?Union africaine (UA). A l?issue d?un scrutin organis? lors du 38e sommet de l?organisation panafricaine tenu ? Addis-Abeba, le 15 f?vrier dernier, le Djiboutien a s?duit 33 pays sur les 49 votants.

Sur le vif, la presse internationale le d?crit comme un diplomate chevronn?, ?un Mahmoud?, en r?f?rence au mammouth. En effet, sur son CV figurent quelques lignes fortes: ministre des Affaires ?trang?res de Djibouti depuis 2005; ambassadeur de Djibouti en ?gypte de 1997 ? 2001; et repr?sentant de son pays aupr?s de la Ligue des ?tats arabes. Conf?rencier et pan?liste francophone, anglophone et arabophone influent, il a particip? ? d?innombrables forums internationaux, y compris au sein des Nations unies, de l?UA et de l?Organisation de la Coop?ration islamique. D?cor? de l?Ordre National de la Grande ?toile de Djibouti et r?compens? par l?Union europ?enne pour sa lutte contre la piraterie maritime, ?c?est un ministre des affaires ?trang?res et non un ancien chef d?Etat. L?Union africaine n?a presque eu que des diplomates ? sa t?te depuis sa cr?ation. La grande force de Mahamoud Ali Youssouf est qu?il conna?t l?institution par c?ur?, explique Liesl Louw-Vaudran, chercheuse sp?cialiste de l?UA pour l?International Crisis Group (ICG). Mahmoud Ali Youssouf succ?de au Tchadien Moussa Faki Mahamat, arriv? au terme de ses deux mandats.
Le nouveau pr?sident de la Commission de l?UA, issu de la r?gion de l?Afrique de l?Est en vertu du principe de ?rotation? interr?gional d?cid? par l?UA, s?est engag? ?galement ? renforcer la s?curit? r?gionale et ? favoriser l?unit? au-del? des clivages linguistiques et culturels en Afrique. Il estime que les Africains doivent prendre en charge le programme de paix et de s?curit? en Afrique, car le soutien ?tranger a entrav? les progr?s durables. A partir de l? se profilent les d?fis. En effet, si sa vision et sa capacit? ? r?former l?institution sont les aiguillons de son mandat, Mahmoud Ali Youssouf aura la lourde t?che d?insuffler un nouveau souffle ? l?UA, en conciliant les int?r?ts divergents des 55 ?tats membres et renfor?ant la coh?sion continentale. Premier test et non des moindres: la guerre dans l?est de la R?publique d?mocratique du Congo. Autre urgence sur laquelle le nouveau pr?sident de la Commission de l?UA est attendu: le Soudan. Il y a aussi la mise en ?uvre effective de la Zone de libre-?change continentale africaine (ZLECAF). Consid?r?e comme l?un des projets ?conomiques les plus ambitieux de l?UA, trois ans apr?s son lancement, sa concr?tisation reste lente et incompl?te. Le nouveau patron de la Commission de l?UA devra donc acc?l?rer l?application effective de ce projet en supprimant les barri?res tarifaires et non tarifaires, en harmonisant les r?glements commerciaux et en favorisant les investissements interr?gionaux.
Si son ?lection est per?ue comme une reconnaissance de son exp?rience, Mahmoud Ali Youssouf ne va pas ?voluer sur du velours. La question des tensions inter-?tatiques, notamment entre le Maroc et l?Alg?rie sur le Sahara Occidental, ou encore les difficult?s de la CEDEAO ? r?int?grer les pays du Sahel, restent sensibles. De m?me, la cr?dibilit? de l?UA sera test?e face aux diff?rents coups d??tat militaires qui ont secou? le continent ces derni?res ann?es. Mais port? au pouvoir par des chefs d?Etat aux int?r?ts divergents et qui refusent le plus souvent de d?l?guer une partie de leurs pr?rogatives, le diplomate sait que sa marge de man?uvre sera ?troite. Plus encore depuis que Donald Trump a annonc? un gel de l?aide am?ricaine.
Jean-Ren? Meva?a Amougou