Ceux qui suivent au plus pr?s les discours, et ceux qui tiennent des documents d?archives estiment que les d?cideurs et les experts de la sous-r?gion sont vitamin?s au non-respect des d?cisions arr?t?es au plus haut niveau.

Place aux mauvaises nouvelles: d?apr?s EIU (Economist Intelligence Unit), 28 pays africains, dont au moins 3 d’Afrique centrale seront encore scotch?s dans des programmes de r?formes structurelles plus ou moins impos?s par le Fonds Mon?taire International (FMI) en 2025. ? en croire EIU, ces mauvais ?l?ves seront encore englu?s dans des affres macro?conomiques tels que la persistance d?une inflation ?lev?e, dop?e principalement par la volatilit? des cours des mati?res premi?res et les secousses dans les cha?nes d?approvisionnement, les p?rils g?opolitiques r?gionaux ou internationaux, le risque d?agitation sociale et les contrecoups du changement climatique.
Autre mauvaise nouvelle: une fois de plus, Yaound? vient d’?tre le th??tre d’un sommet des chefs d’?tat de la sous-r?gion. Comme celui de d?cembre 2016, celui du 16 d?cembre dernier s’est d?roul? au c?ur d’une p?riode ?conomique d?sign?e par de nombreux experts comme l’une des plus troubl?es des 50 derni?res ann?es. Selon nos sources, lors du dernier sommet extraordinaire des chefs d’?tat tenu ? Yaound?, apr?s avoir clairement identifi? les r?formes n?cessaires et arr?t? des recommandations, il a ?t? tr?s difficile de les imposer ? quelques hauts responsables des d?l?gations pr?sentes. La t?che a ?t? d?autant plus complexe qu?il a fallu conjuguer diplomatie conventionnelle et diplomatie souterraine, apprend-on de sources bien inform?es.
Et pourtant?
?Ce sommet s’est d?roul? dans un contexte qui, non seulement suscite des attentes, mais qui incite les dirigeants des pays de la CEMAC ? pr?ciser dans leur communiqu? que: » le niveau des r?serves de change, pass? de 2,3 mois en 2016 ? 4,6 mois en 2023 d?importations des biens et services, connait depuis 2024 une tendance baissi?re. En outre, les perspectives des cours des mati?res premi?res et du commerce international s?annoncent d?favorables. Ainsi, de nouveaux efforts collectifs et concert?s s?av?rent n?cessaires pour am?liorer substantiellement le cadre macro?conomique de la sous- r?gion, notamment en acc?l?rant la diversification ?conomique et la consolidation des finances publiques?, d?crit Dr Hugues Nkontchou.
Dans l’urgence donc, des mesures ont ?t? effectivement prises, afin de r?former l’architecture financi?re sous r?gionale et de mettre en place une strat?gie efficace de relance de l’?conomie des pays. ?Mais, la m?canique fonctionne toujours ? rebours des urgences?, d?plore Mansar Abdoulaye. ?? chaque occasion, les chefs d’?tat arrivent ? une entente substantielle, avec des mesures pr?cises, un consensus sur les mesures ? adopter pour lutter contre la crise et faire en sorte que les effets n?fastes de celle-ci ne se reproduisent plus.
Mais que constate-t-on bien apr?s ? Des gens qui tra?nent les pieds ou qui se donnent des outils pour demeurer dans le cercle vicieux de la r?cession?, postule l’?conomiste tchadien approch? par Int?gration.
En tentant de juger la situation, Cl?ment Belinbanga, ?conomiste centrafricain, y r?pond automatiquement. ?Dans toute la zone CEMAC, les gouvernements s?attachent, ? travers des recommandations ronflantes, ? r?aliser des r?formes structurelles pour renforcer la croissance, l?emploi et les finances publiques. Or, les progr?s sont in?gaux d?un pays et d?un secteur ? l?autre. Cela tient notamment ? certains arbitrages arrim?s ? des objectifs non ?conomiques?, explique-t-il. Suivant le m?me raisonnement, Pr Alexis Mabiyat, congolais ancien fonctionnaire ? la Commission de la CEMAC, pointe ?des diff?rences du point de vue de l?intensit?, de la port?e et du calendrier de mise en ?uvre des recommandations qui, pour la plupart, refl?tent des contraintes?. ?Et du coup, ajoute-t-il, il se r?v?le toujours difficile de mettre en ?uvre un consensus politique n?cessaire en faveur des r?formes?.
Pour beaucoup, il y a une situation de d?part. ?Les pr?f?rences des pays et l??volution g?opolitique du monde influent sans doute sur la faisabilit? et le calendrier de mise en ?uvre des recommandations d’apr?s sommet des chefs d’?tat ou conseil des ministres dans les diff?rents pays de la CEMAC. ?Mais, il faut souligner que ces difficult?s se conjuguent souvent au stade de l?adoption, g?n?rant parfois le d?ploiement d’une diplomatie souterraine tr?s intense?, r?v?le une source ayant pris part ? plusieurs sommets et r?unions de haut niveau ? la CEMAC.
Et pourquoi ?
Le plus souvent, soufflent d’autres sources de premi?re main, c?est le d?calage entre le co?t r?el ou per?u des r?formes et leurs avantages qui suscite l?opposition. Fr?quemment, murmure-t-on dans des c?nacles avis?s, les r?formes sugg?r?es dans les recommandations semblent avoir un co?t tr?s visible essentiellement pour certains pays bien identifiables qui ne sentent pas imm?diatement leurs avantages. ?En g?n?ral, lors des discussions, les experts enr?l?s par ces pays-l? inoculent ? leurs dirigeants le sentiment d??tre les perdants des r?formes, soit parce qu?elles leur suppriment certains avantages, soit parce qu?elles se traduisent par un co?t transitoire?, fait remarquer Gr?ce Koulaza Djoi, experte centrafricaine des questions d’int?gration sous r?gionale.
Pour elle, les obstacles politiques ? la mise en ?uvre des recommandations des sommets des chefs d’?tat sont de plusieurs ordres. ?Dans certains cas, les objectifs d?efficience ?conomique se heurtent ? l?attachement aux politiques en vigueur dans certains pays de la CEMAC vis?s par une recommandation. Quelques fois, l’on observe que les recommandations qui influent sur les politiques locales ne peuvent ?tre ma?tris?es par les pouvoirs publics qui estiment qu’elles entra?neraient un co?t collat?ral non souhaitable. Parfois, la crainte d?une remise en cause de ces valeurs suscite (en interne) l?opposition de groupes qui ne sont pas directement concern?s par le changement de politique. Ces pr?occupations sont particuli?rement vives lorsque la strat?gie de r?forme doit modifier les r?gimes des avantages divers. Ceux qui sont charg?s de l’impl?mentation des recommandations font donc expr?s d’oublier qu’une crise, comme celle qui a fait son lit en zone CEMAC, devrait affaiblir l?opposition aux r?formes en faisant clairement appara?tre que les politiques mises en ?uvre jusqu?alors ne sont pas viables; et qu?une profonde r?cession ouvre des possibilit?s de r?forme pouvant servir ? concevoir une sortie de crise qui sera r?ussie?, explique Gr?ce Koulaza Djoi.