Colonel Jacques Didier Lavenir Mvom : ?Des projets et programmes s?curitaires sont en suspens?

Ancien expert en charge des questions de d?fense et s?curit? ? la CEEAC, ce sp?cialiste des relations internationales partage son exp?rience de l?impact des difficult?s financi?res sur le fonctionnement de l?institution communautaire.

La CEEAC fait face ? des difficult?s financi?res qui s?accentuent avec le temps. Qu?est-ce qui en est ? l?origine ?
Toute organisation internationale vit de l?apport en contribution de ses membres ? titre principal. Il y a aussi la possibilit? que des apports financiers lui proviennent des coop?rations bilat?rales ou multilat?rales ? titre secondaire. Ceux qui cr?ent ou sont membres de l?organisation en question, doivent donc la faire vivre. Comme on dit, ?l?argent est le nerf de la guerre?, les onze membres qui composent la CEEAC sont les principaux bailleurs de fonds de cette organisation. C?est cela le principe. Cependant, il y a une permanence des difficult?s financi?res ? la CEEAC. L?origine pourrait ?tre tout d?abord politique. En effet, si les ?tats-membres de la CEEAC n?ont pas tous la foi en cette institution, son financement ne sera pas pour eux une priorit?. Ils sont membres sans trop y croire pour des raisons qu?ils auraient pour avoir cette posture. L?appartenance de certains ?tats-membres de la CEEAC ? plusieurs regroupements communautaires les conduit, du fait de plusieurs contributions importantes ? verser dans ces diverses organisations, ? privil?gier celles dans lesquelles ils pensent trouver plus de b?n?fices politiques, ?conomiques et s?curitaires. Ensuite, la capacit? ?conomique des ?tats de la CEEAC est faible et malgr? les dispositions prises pour apporter des contributions autour d?une cl? de r?partition qui fait que dans un esprit de solidarit?, tout le monde ne contribue pas ? la m?me hauteur, certains connaissent des arri?r?s et les moins sollicit?s peinent toujours ? honorer ces contributions. Enfin, la Commission semble ne pas faire suffisamment de pression sur les ?tats pour remplir cette obligation, ce qui est pourtant son r?le.


Quel est l?impact que ces difficult?s financi?res ont eu de votre temps, sur le fonctionnement de l?institution et la mise en ?uvre des projets port?es par la CEEAC ?
Cette situation a eu pour cons?quence que la r?gle de principe que je viens d?indiquer est plut?t devenue l?exception. Cela signifie que la CEEAC attend beaucoup plus des partenaires ext?rieurs au d?veloppement pour combler son budget ? titre principal. C?est ainsi que l?on voit par exemple l?Union Europ?enne au premier plan du financement de la CEEAC, et certains autres contributeurs bilat?raux ext?rieurs, contribuer largement au budget de la CEEAC. Mais dans le m?me temps, certains Etats-membres n?arrivent m?me pas ? le faire. Il est par cons?quent ?vident que dans ce contexte, les projets et programmes mont?s par la CEEAC souffrent d?inertie, et qu?ils soient faits sans aller jusqu?au bout. Ce qui a un fort impact sur le travail de la CEEAC au profit de ses populations.


Si l?on rentre sp?cifiquement sur le volet s?curitaire, quel en a ?t? l?impact ?
De mon temps, et relativement au volet s?curitaire, il faut tout d?abord faire un petit rappel de la situation. Comme on le sait, la CEEAC avait ?t? cr??e en 1983, comme une communaut? visant v?ritablement ? ?voluer dans ce sens lorsque la guerre froide se termina. Elle n?aura pas les priorit?s ?conomiques comme ressort du d?veloppement de ses ?tats membres. Mais, contrairement ? l??re de paix souhait?e, l?Afrique et particuli?rement l?Afrique centrale est rentr?e dans un cycle de violences dans les ?tats, ce qui n?a donn? aucune chance ? la mise en ?uvre des projets ?conomiques. La CEEAC voyait ? cette ?poque, 7 de ses ?tats membres sur 11 emp?tr?s dans des conflits internes. Constatant cela, lors d’une r?union des chefs d’?tat et de gouvernement tenue ? Brazzaville en mai 2007, il avait ?t? d?cid? de consid?rer comme priorit? num?ro1 les questions de paix et de s?curit?, puisque le constat avait ?t? fait qu’il ne peut pas avoir de d?veloppement sans la paix et que la paix conditionne le d?veloppement. Cependant, puisque l’organisation sortait d’une p?riode de l?thargie ou d’hibernation entre 1986 ? pratiquement 1999 ? peu pr?s, elle n’avait pas les moyens de monter cette dimension. C’est alors que l’Union Europ?enne est intervenue, ? la faveur de la cr?ation d?un Conseil de Paix et de S?curit? en Afrique centrale (COPAX). Il est n? en 1999 et est inclus dans la CEEAC en 2000, pour aider ? la mise sur pied du D?partement de l’int?gration Humaine, Paix, S?curit? et Stabilit? (DIHPSS). L’entendement ?tait que l’Union Europ?enne devait financer le recrutement des personnels et des activit?s sur trois ans, et que pendant ce temps, la CEEAC devait commencer ? constituer un fonds devant venir en remplacement de la contribution de l’UE pour la continuation du fonctionnement de ce domaine paix et s?curit?. Ceci n’ayant pas ?t? fait selon l’entente entre les deux parties, l’UE a reconduit ? deux reprises sa coop?ration financi?re dans ce domaine, mais n’a plus accept? de le faire par la suite.


L’impact de cette situation a ?t? majeur. En effet, ce d?partement a commenc? ? fonctionner normalement en menant des activit?s de programmes et de projets qui ont apport? une visibilit? ? la CEEAC dans les Pays de la sous-r?gion. Cependant, les aspects li?s ? la lutte contre la prolif?ration des Armes L?g?res et de Petit Calibre (ALPC), du D?sarmement, D?mobilisation et R?int?gration (DDR), ainsi que celui sur la Politique de la CEEAC sur les Fronti?res (PF/CEEAC) et la R?forme des Secteurs de S?curit? (RSS), qui ?taient v?ritablement porteurs d’espoir pour la paix et la s?curit? en Afrique centrale, se sont ?vanouis du jour au lendemain. Puisque sans l’appui de l’Union Europ?enne rien de tout cela ne pouvait plus prosp?rer. Ainsi, tous les cadres experts ont ?t? remerci?s, tout a disparu jusqu’? ce jour, malgr? la r?forme institutionnelle de l’organisation, intervenue en 2019. Donc, ? ce jour, des projets et des programmes initi?s d?j? dans ce domaine sont en suspens.


A quelle condition peut-on esp?rer un embellissement de la situation financi?re de la CEEAC ?
Il me semble que la premi?re mesure est que les Etats regardent de pr?s comment est g?r?e cette institution sur le plan financier, puisque malgr? tout il y a des pays qui contribuent pour maintenir la CEEAC. Ensuite, il faut d?sormais appliquer strictement les mesures prises dans la r?forme institutionnelle de 2019 dans ce domaine, particuli?rement en y op?rant des audits financiers et administratifs externes r?guliers. Il faudrait aussi que les Commissaires soient impliqu?s dans la gestion financi?re de leurs d?partements et aient une obligation de reddition des comptes. Il ne faudrait plus que cette gestion incombe ? titre principal et individuel au seul pr?sident de la Commission. Il faudrait aussi apurer les dettes de cette institution, particuli?rement envers ses anciens personnels dont plusieurs ont attrait la Commission devant les tribunaux. Si la CEEAC et ses Etats, pris individuellement, veulent atteindre la souverainet? politique, ?conomique et s?curitaire, il faut adopter une strat?gie d’amoindrissement ? sa plus simple expression, de l’intervention financi?re des partenaires ext?rieurs.


Docteur/Colonel Jacques Didier Lavenir MVOM,

Sp?cialiste des Relations Internationales,

Expert en questions de d?fense et de s?curit?.

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