Partout dans les grands espaces marchands de la capitale, l??talage des fruits, poissons et viandes se situe ? proximit? des caniveaux souill?s par la poussi?re soulev?e au passage des v?hicules, les d?chets abandonn?s par les vendeurs et les consommateurs, les d?jections animales et les eaux pollu?es qui d?gagent des odeurs ?cres.

La premi?re travers?e du March? Mokolo (Yaound? 2) donne toujours ? trouver cet espace franchement laid. D?aucuns disent que la marche le long de cette art?re est p?nible au regard de la colonisation de la rue par des commer?ants. Ici, la vue se limite ? un ramassis de comptoirs improvis?s, avec des marchandises sur des cartons et des nappes usag?es pos?es ? m?me le sol. Ils ont pour point commun de servir de comptoirs pour la vente de fruits frais, ? c?t? des ordures o? pullulent en permanence mouches et rats.
Comme ? Mokolo, au march? Mvog-Mbi dans le 4e arrondissement de la capitale, le m?me d?cor d?vore le regard de tous ceux qui posent le pied sur la route principale talonnant les carrefours Mvog-Atangana-Mballa et Mvog-Mbi. En parcourant ses all?es, on est imm?diatement frapp? par l?omnipr?sence des l?gumes dispos?s ? m?me le sol. Un peu partout, l??talage des fruits, poissons et viandes se situe ? proximit? des caniveaux souill?s par la poussi?re soulev?e par le passage des v?hicules, les d?chets abandonn?s par les vendeurs et les consommateurs, les d?jections animales et les eaux pollu?es qui d?gagent des odeurs ?cres.
Au march? Mvog-Ada (toujours dans le 4e arrondissement de Yaound?), une vendeuse ?tale chaque jour ses l?gumes sur un vieux sac pos? directement sur le sol. ?Je n?ai pas les moyens d?avoir un ?talage plus propre, et les clients ne se plaignent pas vraiment?, explique-t-elle. Ce qu?elle dit correspond avant tout ? une forme de comptoir auto-construit et autog?r? qui r?pond ? la n?cessit? de survivre lorsque l?offre immobili?re ?vince les uns et les autres.
Chao
Les frais associ?s ? la location de ces espaces sont souvent prohibitifs pour les petits commer?ants qui n?ont pas un capital suffisant. Malgr? l?am?nagement de comptoirs destin?s ? la vente, leur utilisation reste limit?e. Plusieurs raisons expliquent cette situation. Pour Alain Akoa, vendeur de poissons au march? Mvog-Mbi: ?le co?t ?lev? du comptoir est la cause de la vente ? la sauvette. Avec ma brouette, je n?ai pas besoin de payer un ticket ? la mairie, sauf que je ne suis pas stable. Ma mobilit? me permet aussi d’?couler facilement ma marchandise?. De plus les d?marches administratives peuvent dissuader les vendeurs potentiels, qui pr?f?rent la flexibilit? du commerce informel sans ignorer le fait que les comptoirs ne sont pas toujours situ?s dans des zones facilement accessibles aux populations, limitant ainsi leur efficacit?.
Esquisse de canalisation
Face ? cette r?alit?, une pr?sence effective de certains agents de la mairie et parfois m?me de la police, tous charg?s de la s?curit?, de l’ordre et de la propret? commence ? se faire ressentir. Le nomm? Awara, policier bien connu par les vendeurs ? la sauvette du march? Mvog-bi, confie: ?prendre des mesures pour int?grer ces commer?ants informels dans le tissu ?conomique est une urgence. Des initiatives visant ? r?guler et ? formaliser leur activit? sont mises en place. Pour cela nous organisons des r?unions avec eux ici au march? pour les sensibiliser sur la n?cessit? de ne pas occuper la chauss?e au risque de se voir confisquer sa marchandise?. Entre-temps, les agents de la mairie font la ronde, proposant des tickets aux uns et aux autres. L’un d’eux nous avoue: ?ce sont les vendeurs qui salissent le march?, mais c’est nous qui balayons. Ils occupent la chauss?e n’importe comment et cr?ent des embouteillages. Voil? pourquoi nous les d?pouillons parfois de leurs marchandises?.
Risques
Les consommateurs, quant ? eux, sont souvent peu conscients des risques qu?ils encourent. Le nutritionniste, ?lys?e Batamag, souligne que les aliments ?tal?s sur le sol peuvent facilement ?tre contamin?s par des agents pathog?nes, des bact?ries responsables d?intoxications alimentaires pouvant entra?ner des complications graves, voire mortelles. ?Ces aliments vendus presque au sol peuvent provoquer des bact?ries responsables d?intoxications alimentaires ainsi que des maladies telles que la typho?de, les maux de ventre, le chol?ra et autres. Les consommateurs doivent prendre conscience de ce danger?, explique-t-il. ?Ce n?est pas hygi?nique, mais comme nous venons d?acheter ces produits, nous allons les nettoyer comme il faut avant de consommer?, avance une cliente sous couvert d?anonymat.
Marie No?lle Etoungou (stagiaire)