Plateformes digitales des administrations publiques au Cameroun : bons et mauvais points sur la ligne

Officiellement, tout va pour le mieux pour rendre service ? distance aux usagers. Officieusement, seuls quelques ?initi?s? r?ussissent ? trouver satisfaction. Curieusement, c’est devenu un gagne-pain pour ceux exploitent ce paradoxe.

??a marche, c’est tout!?. Gageons que ce n’est pas seulement dans le souci de faire une grande d?claration qu’un haut fonctionnaire du minist?re des Finances (Minfi) nous le confie ce 13 septembre 2024 ? Yaound?. C?est qu?il y a, selon lui, ?une indigence intellectuelle en mati?re d’utilisation de l’outil informatique?. Alors, l’affaire se comprend d’embl?e: ce sont les usagers qui n’ont pas la ma?trise des syst?mes informatiques mis en place par de nombreuses administrations publiques au Cameroun. Seulement, l’on ne tarde pas ? imaginer quelque chose d’autre lorsqu’on ?coute Didier Villiers Atangana. ??a marche, mais ces syst?mes informatiques sont particuliers. Il faut disposer de certaines cl?s sp?ciales pour parvenir ? les faire fonctionner. Cela est d?autant plus regrettable qu?il me semble que les plantages souvent constat?s ont tendance ? s’?terniser?, dit le jeune sp?cialiste camerounais de syst?mes et r?seaux.

R?alit?s
Ainsi, l’une apr?s l’autre, ces r?ponses traduisent deux r?alit?s diff?rentes. D’un c?t?, c’est de la promotion de la disponibilit? et de la fiabilit? qu’il s’agit. De l’autre, il appara?t vite qu’au Cameroun, l’informatique, c’est tout ?un programme?. Au milieu, il y a des usagers aux abois et un business dont le visage est souvent d?couvert lors d’un d?tour vers les e-services vant?s par diverses institutions publiques?. C’est tr?s difficile, vraiment compliqu? avec les plateformes digitales mises ? la disposition du public. Officiellement, tout le monde peut s’y rendre et obtenir un service en ligne; mais ce n’est pas ?vident?, signale une femme d’affaires. ?J’ai d? faire face ? de nombreuses difficult?s pour obtenir mon immatriculation l’an dernier. J’ai alors imm?diatement compris que les services en ligne dans notre pays sont justement en ligne pour le d?cor?, fulmine un agent de l’?tat. R?sidant ? Messondo, dans le Nyong-et-Kelle (r?gion du Centre), l’homme d?clare son impuissance ? suivre son dossier au minist?re de la Fonction publique et de la R?forme administrative, ?bien que le th?me de la digitalisation tous azimuts des services soit ? l’ordre du jour de ce c?t?-l??. ?On ne sait pas si ?a marche ou non; on ne sait pas si l’outil informatique mis en place est satisfaisant ou non. Toujours est- il que je me suis rendu physiquement ? Yaound? pour solutionner mon probl?me pendant l’op?ration de comptage physique des personnels de l’?tat?, d?roule un enseignant rencontr? ? Yaound?. ?On m’a dit que c’est tard dans la nuit, quand le r?seau est peu satur?, que c’est facile de naviguer sur le site internet des imp?ts, mais j’ai pass? une nuit blanche ? attendre qu’une seule application s’ouvre?, explique un op?rateur ?conomique bas? ? Yaound?.

Pour l’essentiel, les plaintes tournent autour du manque de r?activit? des plateformes informatiques. Pendant que certains usagers r?lent sur les logiciels qu’ils trouvent peu optimis?s, d’autres s’attardent sur leur complexit?. ?Il y a trop d’informations ? renseigner et ? un moment donn?, l’ensemble finit par planter?, fait savoir une commer?ante qui dit avoir sollicit?, ? partir de son t?l?phone portable, un service fiscal pendant longtemps. ?Et du coup, nous nous demandons si ?a marche ou non. Pourquoi ?a marche bien ? une certaine heure et pas du tout ? une autre ??, avance un tenancier de vente ? emporter. Parmi ces questions, aucune n’est simple. C’est la raison pour laquelle Ernest Kontchou, ing?nieur en informatique, leur applique trois types de r?ponses: ?D’abord, d?s la conception, l’on n’a pas suffisamment travaill? sur ces syst?mes pour r?duire le nombre de bugs; ensuite, il n’y a personne pour v?rifier en permanence les syst?mes soit ? l’aide d’une batterie de tests, soit ? l’aide d’un recyclage ou une mise ? jour des algorithmes; troisi?mement, personne ou presque n’a pens? ? mettre des garde-fous dans les syst?mes pour d?tecter les bugs r?siduels suffisamment t?t. Si l?on accepte de les prendre en consid?ration, plut?t que de leur opposer syst?matiquement une posture critique ?tablie a priori, les trous de fonctionnement des dispositifs informatiques dans nos administrations publiques ne permettent pas de laisser de c?t? leur mode d’existence r?guli?rement bouscul? par des plantages. Il n’est donc pas impoli de parler d’une certaine fragilit? technique de quelques- uns de nos syst?mes informatiques; tant les protocoles d??change entre ceux qui contr?lent les machines en interne et des tiers ont des fronti?res trop peu marqu?es. Ce qui, in?vitablement, qui met ? mal l??tanch?it? que l?on cherche ? construire pour la circulation des informations ou les transactions?, postule l’expert.

Vigiles invisibles
Dans cet environnement, il n’est gu?re ?tonnant de trouver des gens qui se frottent les mains. Certains n’ont pas de poste fixe et d’autres officient en abordant directement leur client?le. D’autres encore font le branding de leur expertise sur la toile. Aux alentours du Minfi, par exemple, des hommes et m?me des femmes trouvent leurs comptes dans l’exploitation de la ?br?che?. Au vrai, le champ de l’obtention en ligne d’un bulletin de solde, d’une immatriculation ou d’une attestation t?moigne de l’exub?rance de l’activit? men?e par quelques ?sp?cialistes?. Tr?s au parfum des actualit?s digitales dans certains minist?res, l’un parmi eux parle du ?combat de la technique par la technique au service des citoyens?. L?, ce qui manque le moins, c’est la justification de ce paradoxe: ?Ce que nous faisons, n’a rien ? voir avec un quelconque d?tournement technologique. Nous exploitons juste des ?l?ments qui ne sont pas ? la port?e du premier venu?. Ce que l’on entend laisse appara?tre une chose: un savoir-faire technologique exclusif qui permet de se faire de l’argent, beaucoup d’argent en quelques minutes seulement. ?En une journ?e, moi personnellement je fais parfois des recettes de 50 ? 60 000 FCFA, surtout apr?s le lancement du budget de l’?tat?, confesse ?Alain Minfi?. Tr?s connu ? toutes les encablures du Minfi justement, ce jeune homme consid?re le plantage des syst?mes informatiques de certaines administrations comme un enjeu vital. ?Quand, par exemple, les gens nouvellement recrut?s ?prouvent des difficult?s ? obtenir leurs premiers bulletins de solde ou bien lorsque beaucoup ne s’en sortent pas dans l’obtention d’un service fiscal pour enr?ler leurs bons de commande, il y a du travail et c’est gr?ce ? ?a que je vis?, assure-t-il. Comme lui, ceux qui d?livrent (par des moyens qu’ils se r?servent syst?matiquement de nous d?voiler) facilement des bulletins de solde, des immatriculations autres attestations disent conna?tre les ?vrais syst?mes d’exploitation?. Entre les mots, l’on r?alise qu’il ne suffit pas de les conna?tre et se borner ? ?a; encore faut-il ?tre ? m?me de les exploiter. ?Posez-vous la question de savoir pourquoi et comment nous sommes capables de vous satisfaire au bout de quelques instants seulement. C’est juste une affaire d’imagination?, se flatte un jeune homme qui, selon ses propres dires, revendique une dizaine d’ann?es ? ?d?bloquer les fonctionnaires, op?rateurs ?conomiques et autres travailleurs priv?s?. Ce que l’on vient encore d’entendre s’av?re ?tre la traduction d’une imagination non destructive ? l’?gard des programmes informatiques des administrations publiques. Juste une comp?tence particuli?re ? l’aide de laquelle ceux qui sont dans le ?m?tier? ex?cutent une routine.

Jean-Ren? Meva’a Amougou

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