L??conomiste camerounais appelle les institutions financi?res ? accorder un int?r?t plus accru ? la gestion du secteur priv? dans les ?tats africains; o? le n?potisme et la corruption dictent d?autres lois.
La Banque mondiale vient de publier les r?sultats de son ?valuation des politiques ?conomiques et des institutions africaines. Que retenez-vous de ce rapport?
Le rapport CPIA de la Banque mondiale est une analyse qui pose bien les jalons du probl?me de la restructuration ?conomique de nos ?tats. Ce rapport insiste ? l?occurrence sur l??volution du secteur priv? dans les ?tats d?Afrique subsaharienne. Il fait bien de pr?ciser que pour les ?tats soient forts ?conomiquement, il faut un secteur priv? fort par ce que c?est le secteur priv? qui cr?? de la ressource et des emplois et qui permet ? une ?conomie d??tre comp?titive et forte. Si nous nous penchons sur nos ?tats d?Afrique subsaharienne, on se rend compte que le secteur priv? est le parent pauvre de l??conomie et tout repose donc sur le secteur public qui est asphyxi?, d?j? parce qu?il n?a pas vocation ? cr?er de la richesse quand on est dans une ?conomie de march?. Mais aussi parce qu?il ne peut pas tenir sous la pression des demandes d?emploi et donc il y a l? n?cessit?, rendre fort le secteur priv?. CPIA pose bien le contexte en montrant la balance commerciale d?ficitaire, les exportations des pays d?Afrique subsaharienne, l?inflation qui augmente dans tous les pays et qui est moins maitris?e en Afrique subsaharienne depuis la survenue du Covid-19 et la dette ext?rieure qui peut aussi ?tre un facteur m?lioratif ou d?pr?ciatif des ?conomies subsaharienne; mais aussi la formation du capital pour voir comment est-ce que les entrepreneurs forment leurs capitaux et comment est-ce qu?on peut cr?er la fibre entrepreneuriale dans nos pays. On se rend donc compte que la Banque mondiale a fait un projet pour aider nos ?tats ? restructurer nos ?conomies et ? booster le secteur priv?. Et donc l?institution a insist? sur des crit?res comme l??galit? des genres pour voir les am?liorations dans le secteur priv? en ce qui concerne l?emploi des femmes; la valorisation des ressources humaines en termes de formation, ce qui permet d?avoir les qualit?s intellectuelles et techniques pour cr?er des entreprises et booster l?activit? ?conomique. Et bien s?r, la Banque mondiale a touch? un aspect important qui est la gestion du secteur public et des institutions. Car nous savons qu?un ?tat peut soit encourager le secteur priv? en mettant sur pied des politiques d?ouverture propice ? la cr?ation et au d?veloppement des entreprises gr?ce ? des exon?rations de taxes par exemple; ou alors le d?courager en mettant beaucoup trop de contraintes ? la cr?ation ou ? l??volution des entreprises. On a aussi vu une analyse assez claire des institutions bancaires pour mettre le doigt sur la r?alit? de l?acc?s au cr?dit.
Ce qui nous int?resse le plus dans ce rapport, ce sont les r?sultats, et nous nous rendons compte qu?il y a eu une am?lioration dans le secteur priv? d?Afrique subsaharienne. Mais que ces am?liorations sont vraiment de tr?s petit ordre, exception faite de quelques pays qui m?ritent des encouragements comme l??thiopie ou le Rwanda. On peut peut-?tre ajouter aussi la C?te d?Ivoire. La plupart des pays ?valu?s ont eu des am?liorations tr?s mitig?es. On peut donc se demander pourquoi des r?sultats aussi bas alors que les ?tats sont dot?s d?un tel outil qui touche les points saillants pour un secteur priv? fort ? Est-ce parce qu?il manque la fibre entrepreneuriale dans les pays africains ou alors le probl?me est ailleurs et ? ce moment-l?, cela nous pousse ? analyser la cause de l??chec de tels programmes au sein de nos ?tats. Si nous voulons seulement nous demander si l?Afrique subsaharienne a la capacit? dans la cr?ation des entreprises, nous allons interroger d?j? la population de nos ?tats. L?, le probl?me sera pos? sur deux angles. Le premier concerne les ressources humaines et l?, il faut questionner la qualit? de la formation dans nos ?tats qui offrent certainement des formations qui ne sont pas suffisamment orient?es entrepreneuriat. Si nous prenons par exemple le cas du Cameroun o? l?accent a longtemps ?t? mis sur l?enseignement g?n?ral plut?t que technique, on d?bouche vite sur le probl?me des ressources humaines. Heureusement, des efforts sont faits de parts et d?autres du continent pour changer les choses. Il faut aussi questionner l??ge de la population africaine. Elle est l?une des populations les plus jeunes dans le monde; et qui dit jeunesse, dit force, dit innovation, dit id?es. L?Afrique est un grenier de l?entrepreneuriat. On revient ? une seule conclusion: le probl?me est ailleurs.
D?o? vient donc le probl?me ?
On peut se dire que le probl?me est politique et ? ce niveau, on peut encore le prendre sous deux angles. Celui de politique ext?rieure?; pour qu?un secteur priv? soit fort, il faut ? prix une industrialisation, au niveau de l?agriculture et partout ailleurs; C?est le secteur tertiaire qui rend forte une ?conomie, et l?Afrique subsaharienne est faible en la mati?re. S?il n?y a pas v?ritablement d?industrie, l?on ne peut avoir un secteur priv? fort. Pourquoi l?industrie africaine tarde-t-elle ? prendre son envol? Les institutions financi?res peuvent avoir toutes les bonnes intentions, mais cela n?emp?che pas que nous sommes dans un contexte de concurrence et de ce fait, le partage des technologies ne peut pas se faire de mani?re ?quitable. Si l?industrialisation prend v?ritablement corps en Afrique, l?Europe, l?Am?rique et autres n?auront plus v?ritablement de march?s en Afrique dans la mesure o? on sait que le continent est le principal march? pour beaucoup de pays, m?me si pour le moment, on n?ach?te pas beaucoup. Et donc, il faut se dire que pour que le secteur priv? africain soit fort, il faut que les Africains prennent eux-m?mes des initiatives fortes pour pouvoir sortir du joug des ?tats industrialis?s et pouvoir cr?er elles-m?mes un secteur tertiaire capable de relever des d?fis. Les politiques ?tatiques constituent elles-m?mes un probl?me en ce qui concerne le secteur priv? parce qu?aucun secteur priv? ne se forme et ne se renforce lui-m?me. Dans tous les ?tats o? il y a eu croissance du secteur, l??tat lui-m?me s?est engag? dans le renforcement de ce secteur en cr?ant des champions, en finan?ant les entrepreneurs et en encourageant la recherche et la technologie. Nous nous rendons compte que les efforts dans ce sens sont encore faibles dans nos ?tats. Il se pose d?j? le probl?me des politiques publiques d?une part et d?acc?s au cr?dit d?autre part. Parlant de l?acc?s au cr?dit ? Il faut indexer les institutions bancaires d?Afrique qui ne sont pas assez courageuses pour financer les entrepreneurs qui posent des conditions quasi irr?alisables pour le petit entrepreneur qui peuvent porter projets int?ressants sans aucune garantie ? faire valoir pour pouvoir obtenir le financement. ? ce propos donc, l??tat devrait faire un effort pour ?tre une garantie pour les entrepreneurs et les acteurs du secteur priv? afin que ceux-ci aient un acc?s plus libre au cr?dit. Ce qui pourrait ?tre un bon levier pour le secteur priv?.
Le deuxi?me volet, c’est la volont? politique. Nous voyons certains ?tats, comme le Cameroun, mettre sur pied certains programmes de financement des entrepreneurs. Au Cameroun on a eu par exemple la Pajer-U, le projet ma?s, la banque des PME et beaucoup d?institutions qui sont cens?es booster l?entrepreneuriat; Nous avons aussi un certain nombre d?exon?rations sur les taxes et imp?ts qui sont cens?es encourager beaucoup dans certains secteurs comme l?agriculture, la p?che et les entreprises ? vocation sociale, mais malheureusement il n?y pas toujours pas un d?collage du secteur priv?. Et m?me que lorsqu?elles sont cr??es, beaucoup meurent avant dix ans si on s?en tient aux informations de l?Institut national de la statistique. Cela pose donc le probl?me de la gestion de ce secteur priv?. C?est un point sur lequel l?analyse du CPIA ne fournit pas suffisamment de donn?es int?ressantes. Parce que l??valuation de la CPIA est faite comme si l?on ?tait dans des pays o? l?on a un secteur social ?galitaire, o? la lutte contre la corruption est efficace. Pour que le secteur priv? prenne un essor dans les pays d?Afrique subsaharienne, il est n?cessaire de lutter fortement contre la corruption. Je veux prendre un exemple sur la cr?ation des entreprises qui r?sultent de l?encouragement des ?tats ? travers les projets ?tatiques?; on se rend compte que le n?potisme qui s?vit dans nos ?tats atteint des proportions ?lev?es. Les pontes du pouvoir proc?dent par cooptation de leurs proches pour pouvoir obtenir du financement de l??tat sans que ceux-ci aient v?ritablement soit la fibre entrepreneuriale, soit la simple id?e ou m?me la volont?. Et donc, des financements sont accord?s ? des personnes qui n?ont pas toujours la moindre volont? de cr?er des entreprises, au d?triment de v?ritables entrepreneurs qui ont des difficult?s ? y acc?der. Bien que l??tat pr?sente une page assez ?logieuse du financement des entrepreneurs, dans le fond, il se pose le probl?me de la formation d?un faux secteur priv?; qui est le fait des cooptations et du n?potisme. ? ce moment-l?, il est facile de voir le d?phasage entre les donn?es sur l?octroi de financement et les r?sultats obtenus, la plupart de ces entreprises ?tant fictives. Il faut aussi noter l?implication des hauts fonctionnaires qui sont des propri?taires de plusieurs grandes entreprises au sein de nos ?tats et donc qui cr?ent une concurrence d?loyale au sein du secteur priv? et qui viennent baiser la relance du secteur priv? dans nos ?tats. Il faudrait une v?ritable lutte pour prot?ger nos ?tats de telles d?rives.
Interview men?e par
Louise Nsana