Une initiative agricole y a cours, sous l’impulsion du directeur de l’Ecole primaire publique du village. Elle vise à doter l’école de moyens suffisants pour son développement.

S’adapter à l’environnement immédiat de son école. Philémon Raoul Evina A Ngae, directeur de l’école primaire publique de Mbang-Abong, a très tôt appris quel sens donner à cette exigence de la profession. Lui, qui exerce dans les confins de la région du Centre, dans le département du Nyong-Et-Mfoumou. « Notre école, comme beaucoup d’écoles rurales, vit avec très peu de moyens. Le budget annuel de l’APEE tourne autour de 35 000 FCFA. Avec cela, on ne peut ni recruter, ni équiper, ni aménager l’école comme il le faudrait. J’ai donc voulu que l’école produise elle-même ses propres ressources», explique l’instituteur des enseignements maternels et primaires.
L’école de Mbang-Abong (par Ayos) accueille 140 élèves et quatre enseignants de la Section d’initiation à la lecture (SIL) au Cours moyen 2. Deux instituteurs se partagent la charge des enseignements. Pour tenir la journée, Philémon Raoul Evina A Ngae et son collègue regroupent les élèves d’un même cycle dans une salle de classe commune. Et malgré la charge de travail, celui-ci a eu l’idée d’initier des travaux champêtres sur le domaine de l’Ecole, afin de générer des ressources de fonctionnement. C’est dans ce contexte que survient l’idée d’une cacaoyère. La surface projetée: un hectare. Soit un peu plus d’un millier de plants dont les élèves assurent le suivi. «L’objectif est double. D’abord pédagogique: les enfants apprennent en pratiquant la pépinière, le repiquage, l’entretien et la récolte. Ils acquièrent ainsi l’amour du travail de la terre. Ensuite économique : les revenus de la cacaoyère permettront à l’école de subvenir à ses propres besoins, notamment la prise en charge d’un enseignant, l’achat du matériel didactique et d’enseignement, l’amélioration des structures d’accueil et l’aménagement d’un espace de jeu», renseigne le directeur.
Le projet suit son cours et déjà de très jeunes plants ornent les recoins de la Cour de l’école primaire publique de Mbang-Abong. Ils sont le fruit d’un travail d’équipe. Laquelle équipe a bénéficié d’un don de semences et de sachets pour pépinières des parents d’élèves, de l’expertise de ces parents et de la main d’œuvre bénévole des parents, du personnel enseignant et des élèves. Pour Philémon Raoul Evina A Ngae, la finalité de tout ceci porte également une valeur sociale. L’enseignant d’une quarantaine d’années veut rendre cette école attractive pour l’ensemble des enfants du village. Ceux notamment en âge scolaire, qui parcourent encore des dizaines de kilomètres à pieds en direction d’écoles privées dans des localités voisines. Et aussi ceux qui ne sont pas scolarisés. Une partie des revenus de cette cacaoyère favorisera à l’avenir la prise en charge des frais d’APEE pour certaines catégories d’enfants. Cette perspective résulte d’accords tacites conclus avec l’Association des parents d’élèves. « Quand on dirige une école de village, on voit vite qu’un enfant qui a faim, qui n’a pas de cahiers, ou qui boit une eau douteuse, n’apprend pas bien. On ne peut pas séparer la réussite scolaire des conditions de vie. C’est pour cela que je me suis battu pour le point d’eau et les latrines de l’école, et que je porte aujourd’hui la cacaoyère», indique Philémon Raoul Evina A Ngae. Mais encore : « Ma motivation vient de ma conviction que l’école doit être un moteur la Communauté, pas un îlot isolé. Elle vient sans doute aussi de mon parcours : je suis aussi écrivain et entrepreneur. J’ai appris qu’on peut créer de la valeur avec peu, à condition d’oser et de s’organiser. Je veux transmettre cela à mes élèves. On n’attend pas tout des autres, on construit», ajoute-t-il. En attendant le grand avènement des récoltes, la cacaoyère de l’Ecole primaire publique de Mbang-Abong mobilise chaque jour de petites mains inexpertes et des mains aguerries autour de milliers de jeunes plans de cacao.
Louise Nsana