Afriland First Bank a visiblement décidé que les frontières avaient assez duré. Du 1er au 3 octobre, la banque camerounaise posera ses valises à Bangui, à l’occasion des Bangui Financial Days, organisés avec la Journée du Banquier de la CEMAC. Sur le papier, un rendez-vous bancaire comme tant d’autres. Dans les faits, une étape de plus dans une stratégie qui commence à prendre une allure régionale. Tchad, République centrafricaine, Congo, bientôt Gabon : Afriland déroule progressivement son réseau dans une CEMAC où les banques cherchent, elles aussi, leur espace vital.

Virage
Le mouvement doit notamment beaucoup à l’agrément unique de la COBAC. Un dispositif qui permet à une banque agréée dans un pays membre de développer plus facilement ses activités dans l’espace communautaire. Afriland ne s’en prive pas. Après avoir bâti sa force au Cameroun, l’établissement regarde désormais vers les marchés voisins. Pas pour faire joli sur une carte géographique, mais pour accompagner les entreprises qui, elles, ont déjà commencé à franchir les frontières. « Il faut pouvoir suivre les clients lorsqu’ils se développent dans la sous-région », explique une source interne. Le banquier découvre ainsi une vieille loi du commerce : quand les clients voyagent, les banques doivent suivre.
Argent
Derrière cette expansion, il y a évidemment le nerf de la guerre : le financement. Les entreprises de la CEMAC veulent investir, commercer, produire davantage. Encore faut-il trouver les établissements capables de comprendre leurs projets et de les financer. Afriland veut se positionner sur ce créneau. La banque entend mettre son expérience camerounaise au service d’entreprises implantées ou désireuses de s’implanter dans plusieurs pays. Une manière de transformer son réseau en outil de circulation des capitaux. Et, accessoirement, de transformer la croissance régionale des entreprises en croissance pour la banque.
Bangui
C’est là que Bangui devient intéressante. La capitale centrafricaine accueille un rendez-vous qui doit réunir professionnels du secteur bancaire, institutions et acteurs économiques autour des grands enjeux financiers de la sous-région. Afriland y arrive avec un argument concret : sa présence locale. Pas besoin de parler de conquête lorsqu’une succursale existe déjà. Il reste à démontrer ce qu’elle peut produire en termes de financements, de partenariats et d’accompagnement. Pour des sources internes, les Financial Days offrent précisément cette possibilité : rencontrer les acteurs du terrain et renforcer les connexions avec les différents marchés de la CEMAC.
Réseau
Car l’intégration économique adore les discours et affectionne moins les tuyaux concrets. Or les tuyaux, ce sont aussi les banques. Une entreprise qui veut exporter, investir ou s’implanter dans un pays voisin a besoin de paiements, de garanties, de crédits et d’interlocuteurs qui comprennent les règles du jeu. Le réseau régional d’Afriland cherche à répondre à cette équation. La banque veut ainsi faire de ses différentes implantations autre chose qu’une addition de succursales : un ensemble capable d’accompagner les opérations économiques d’un pays à l’autre.
Mutation
Cette stratégie oblige aussi Afriland à changer de costume. La banque reste profondément enracinée au Cameroun, son marché historique. Mais son identité commence à dépasser ce cadre. Avec plusieurs implantations dans la CEMAC et une nouvelle arrivée annoncée au Gabon, le groupe doit désormais penser régional : harmoniser les pratiques, comprendre des économies différentes et conserver une proximité suffisante avec les entrepreneurs locaux. « L’enjeu est de garder la connaissance du terrain tout en gagnant une capacité d’action régionale », résume une source proche de la banque.
Horizon
À Bangui, Afriland First Bank ne viendra donc pas simplement cocher une case dans l’agenda des conférences. La banque y montrera surtout jusqu’où elle entend pousser son changement d’échelle. Son ambition est désormais claire : relier davantage les entreprises, les capitaux et les marchés de la CEMAC, depuis son socle camerounais. Le pari reste à transformer en résultats tangibles. Car une banque régionale ne se mesure pas au nombre de capitales où elle possède une enseigne, mais à sa capacité à faire circuler le financement là où les économies en ont besoin. Afriland a commencé à élargir la carte. Reste maintenant à prouver que les capitaux peuvent, eux aussi, prendre le large.