Yaoundé : Écoles en guerre, rentrée sous tension

À quelques semaines de la rentrée scolaire, la bataille pour les élèves commence parfois bien avant l’ouverture des salles de classe.

Autour de Yaoundé, dans les zones périurbaines où les lotissements poussent plus vite que les équipements publics, des promoteurs d’établissements privés se livrent une concurrence de plus en plus musclée. Sur certains chantiers, le débat sur la distance réglementaire entre écoles aurait même pris des airs de guerre de voisinage.

À Nkongoa, à quelques kilomètres d’Awae Escalier, la pression démographique transforme progressivement le paysage. Les maisons se multiplient, les familles arrivent et, avec elles, la demande d’écoles. Une aubaine pour les promoteurs privés. Mais aussi une source de tensions.
Le 28 juillet dernier, sur un chantier, un promoteur accompagné d’un clerc d’huissier est venu contester la poursuite des travaux d’un établissement voisin. Motif invoqué : la distance entre les deux structures. « Vous ne respectez pas la distance qui doit exister entre deux établissements scolaires », lance le promoteur, qui demande l’arrêt du chantier.
En face, le chef de chantier ne s’en laisse pas conter. Il affirme disposer d’une autorisation de bâtir et des documents nécessaires à son activité. « Allez au tribunal », répond-il en substance, refusant de suspendre les travaux. L’huissier repart avec son constat. Le chantier, lui, continue.

Derrière cette querelle administrative se dessine une question beaucoup plus sonnante : celle de la clientèle scolaire. Dans ces quartiers en pleine expansion, une nouvelle école peut rapidement devenir une concurrente directe. Quelques centaines d’élèves supplémentaires ou perdus peuvent modifier l’équilibre économique d’un établissement privé.
À la Carrière, secteur résidentiel proche de l’Institut africain d’informatique, une autre affaire aurait pris une tournure plus musclée. Une promotrice, selon plusieurs témoignages recueillis sur place, aurait tenté de faire interrompre les travaux d’un complexe scolaire voisin. Des personnes se présentant comme des agents municipaux auraient demandé que du matériel soit emporté. Une altercation s’en serait suivie, sans blessé, avant l’intervention d’un notable.

Le phénomène ne s’arrête pas aux chantiers. À Nkolmeyang, dans l’arrondissement de Nkolafamba, un nouveau promoteur affirme avoir acquis une parcelle par acte notarié. Il raconte avoir vu débarquer plusieurs personnes contestant la propriété du terrain. Pour lui, cette opposition cacherait surtout la crainte de voir arriver un concurrent.
Impossible, à ce stade, de réduire toutes ces affaires à une seule explication. Les règles d’implantation des établissements scolaires existent, tout comme les procédures administratives et les règles foncières. Mais leur invocation dans des conflits entre promoteurs pose question lorsque le chantier devient le théâtre d’intimidations présumées.
Dans ces périphéries où l’État peine parfois à suivre la croissance urbaine, l’école privée s’installe là où la demande existe. La concurrence est donc inévitable. Encore faut-il qu’elle se joue sur la qualité des enseignements, les infrastructures, les résultats aux examens et les frais de scolarité, plutôt qu’à coups de visites de chantier, de constats d’huissier et de menaces alléguées.
À l’approche de la rentrée, les élèves, eux, n’ont évidemment aucune intention de participer à cette bataille. Ils veulent simplement une salle de classe. Les promoteurs, eux, veulent surtout qu’elle soit pleine.

André Gromyko Balla

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