Franklin Nyamsi, la liberté d’expression et les contradictions de la France

Par un arrêté gouvernemental daté du 10 août 2026, les autorités françaises ont décidé de prolonger de six mois la confiscation des avoirs et biens économiques de Franklin Nyamsi en France. Cette décision, prise sous la présidence d’Emmanuel Macron, relance le débat sur la liberté d’expression, le droit à la critique politique et les relations entre la France et l’Afrique.

Franklin Nyamsi est avant tout un intellectuel, un enseignant et un analyste politique qui s’est fait connaître par ses prises de position tranchées sur la politique africaine de la France. Depuis plusieurs années, il utilise les réseaux sociaux, les conférences et les médias pour dénoncer les dérives de la présence française en Afrique.
Les autorités françaises lui reprochent de porter atteinte aux intérêts de la France, pays dont il possède également la nationalité. Les Africains qui le suivent, eux, estiment que son véritable tort est d’avoir contribué à éveiller les consciences africaines sur certaines réalités longtemps passées sous silence. En effet, Nyamsi rappelle régulièrement que les relations entre la France et plusieurs pays africains ont souvent été marquées par des rapports inégaux, où les intérêts stratégiques, économiques et géopolitiques de Paris ont fréquemment primé sur les aspirations des peuples africains.

Dans ses interventions, Franklin Nyamsi démontre que la France a davantage profité de l’Afrique qu’elle ne l’a aidée. Il critique également la présence militaire française sur le continent, estimant que celle-ci n’a pas toujours servi les intérêts des populations locales. Il accuse enfin Paris d’avoir soutenu, à différentes époques, des régimes peu démocratiques ou impopulaires, du moment qu’ils garantissaient la préservation des intérêts français.

Une fois de plus, Franklin Nyamsi est injustement persécuté par Emmanuel Macron. Mais, dans une démocratie, un intellectuel doit-il être sanctionné pour ses opinions politiques ? La grandeur d’un régime démocratique ne se mesure-t-elle pas justement à sa capacité à tolérer la critique, même lorsqu’elle est sévère ou dérangeante ?
La France aime se présenter comme la patrie des droits de l’homme, de la liberté et de la pensée critique. Elle a souvent donné des leçons de démocratie au reste du monde et n’a pas hésité à dénoncer les atteintes aux libertés dans de nombreux pays.

Cette affaire est d’autant plus sensible qu’elle intervient dans un contexte où l’influence française en Afrique est de plus en plus contestée. Du Mali au Burkina Faso, en passant par le Niger, de nombreux citoyens remettent en question le modèle des relations héritées de la période postcoloniale. Dans ce climat, toute mesure visant une personnalité critique à l’égard de Paris risque d’être interprétée comme une volonté de faire taire les voix dissidentes.
Je suis de ceux qui considèrent donc cette décision comme une forme d’acharnement politique. J’y vois le signe d’une France qui supporte de moins en moins la contradiction lorsqu’elle provient d’Africains capables de déconstruire le discours officiel. Au lieu de répondre aux arguments de Nyamsi par le débat et la confrontation des idées, les autorités françaises préfèrent utiliser la voie de la sanction.

L’Histoire montre pourtant que les idées ne se combattent pas par les interdictions ou les mesures coercitives. Elles se combattent par d’autres idées, par des faits et par un dialogue ouvert. Chaque fois qu’un pouvoir tente de réduire une opinion au silence, il lui offre souvent une audience encore plus large.
L’affaire Franklin Nyamsi dépasse donc la personne de l’intellectuel camerounais. Elle pose une question essentielle: la liberté d’expression est-elle un principe universel ou un droit qui ne vaut que pour les opinions jugées acceptables ? La réponse à cette interrogation déterminera non seulement l’image de la France dans le monde, mais aussi sa crédibilité lorsqu’elle prétend défendre les valeurs démocratiques qu’elle a longtemps présentées comme son héritage le plus précieux.
Je suis solidaire avec le professeur Franklin Nyamsi dans cette énième épreuve. Je l’assure de mon soutien fraternel et de ma sincère sympathie.


Jean-Claude Djéréké

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP Radio
WP Radio
OFFLINE LIVE
Retour en haut