Fonds marins : Yaoundé en voie de devenir le hub africain

À Kingston, en Jamaïque, le Cameroun ne s’est pas contente pas de participer à la 31e session de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM). Le pays entend s’imposer comme un acteur de référence dans la gouvernance des ressources minérales des grands fonds grâce à un ambitieux projet de formation diplomatique porté depuis Yaoundé.

Une attitude de la délégation camerounaise à Kingsley

Du 13 au 31 juillet, la délégation camerounaise conduite par le secrétaire général du ministère des Relations extérieures (MINREX), Oumarou Chinmoun, participe à la seconde partie de la 31e session de l’Autorité internationale des fonds marins, à Kingston. Si les négociations portent principalement sur le futur code minier international destiné à encadrer l’exploitation des ressources des grands fonds, le Cameroun a choisi de jouer une autre carte : celle du renforcement des capacités africaines.
En marge des travaux, Yaoundé a organisé, avec l’appui de l’AIFM, un événement consacré à l’Académie de diplomatie africaine des fonds marins (ADSEA), hébergée par l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC). L’initiative vise à former une nouvelle génération de diplomates, de juristes, de scientifiques et de négociateurs africains spécialisés dans la gouvernance des océans.

Selon des sources internes au MINREX, cette académie répond à un constat largement partagé : l’Afrique dispose d’importantes ressources marines mais demeure encore sous-représentée dans les négociations techniques et juridiques qui déterminent leur avenir. « L’objectif est de permettre aux États africains de disposer d’une expertise propre afin de défendre efficacement leurs intérêts dans les enceintes internationales », confie une source du ministère.
Le choix du Cameroun est ciblé. Avec l’IRIC, reconnu pour la formation des diplomates africains depuis plusieurs décennies, le pays souhaite devenir un centre régional d’excellence sur les questions liées aux fonds marins. L’Académie entend proposer des formations spécialisées, des recherches appliquées et des espaces de dialogue entre gouvernements, universités et organisations internationales.

Concret
À Kingston, le « side event » organisé par le Cameroun poursuit également un objectif concret : convaincre les États membres de l’AIFM et les partenaires techniques et financiers de soutenir durablement ce programme. Les besoins en financement concernent aussi bien les formations que les bourses, les travaux de recherche et le développement de réseaux d’experts africains.
Cette stratégie s’inscrit dans une diplomatie camerounaise de plus en plus tournée vers les enjeux globaux. Après son implication sur les questions climatiques, la biodiversité ou encore la gouvernance numérique, Yaoundé entend désormais peser davantage dans les débats sur les ressources minérales des grands fonds, dont les métaux stratégiques sont appelés à jouer un rôle majeur dans la transition énergétique mondiale.
Pour le MINREX, l’ADSEA pourrait ainsi devenir un outil d’influence au service de toute l’Afrique, en donnant au continent les compétences nécessaires pour participer à armes égales aux futures négociations internationales sur les océans et leurs ressources.

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