Tour d’horizon : Les efforts de Paris pour la paix dans la r?gion des Grands Lacs africains s’enrayent dans un climat de violence et de m?fiance.

Une importante conf?rence sur la paix et la stabilit? dans la r?gion des Grands Lacs africains s’est achev?e jeudi ? Paris, avec un focus particulier sur la crise prolong?e dans l’est de la R?publique d?mocratique du Congo (RDC).

Malgr? de grands espoirs, la r?union s’est rapidement trouv?e confront?e aux causes profondes d’un conflit vieux de plusieurs d?cennies. Les efforts de m?diation se sont multipli?s, mais les progr?s restent au point mort, les tirs continuant de r?sonner et la m?fiance se r?pandant parmi les principaux acteurs.

D?CEPTION LI?E ? LA PARTICIPATION

Initialement con?ue comme un sommet de haut niveau, cette conf?rence devait r?unir de hautes personnalit?s politiques et institutionnelles, dont plusieurs chefs d’?tat africains directement impliqu?s dans la crise congolaise. ? Dans toute la r?gion des Grands Lacs, le conflit se propage ? nouveau, infiltrant les communaut?s des deux c?t?s des fronti?res congolaise, rwandaise, burundaise et ougandaise ?, a d?clar? le ministre fran?ais des Affaires ?trang?res, Jean-No?l Barrot, dans son discours d’ouverture jeudi.

Seuls deux dirigeants africains ?taient pr?sents : le pr?sident de la RDC, F?lix Tshisekedi, et Faure Gnassingb?, pr?sident du Conseil des ministres du Togo et m?diateur d?sign? par l’Union africaine pour la crise r?gionale. La plupart des autres pays ?taient repr?sent?s par leurs ministres des Affaires ?trang?res ou des envoy?s sp?ciaux, notamment le Rwanda, autre acteur central, repr?sent? par son ministre des Affaires ?trang?res, Olivier Nduhungirehe.

Depuis des d?cennies, l’est de la RDC est l’?picentre de violences r?currentes, aliment?es par un r?seau de conflits locaux et transfrontaliers. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le Mouvement du 23 mars (M23), un groupe rebelle qui contr?le de vastes portions de territoire dans l’est de la RDC, ce que Kigali r?fute. Le Rwanda, quant ? lui, accuse la RDC de collaborer avec les Forces d?mocratiques de lib?ration du Rwanda (FDRR), un groupe impliqu? dans le g?nocide de 1994. Depuis janvier dernier, le M23, d?sormais membre de la coalition politico-militaire Alliance du fleuve Congo (AFC), s’est empar? de plusieurs villes strat?giques, dont Goma et Bukavu.

Dans ces zones, les rebelles ont install? des administrations parall?les, fragilisant davantage l’autorit? de l’?tat et aggravant une situation humanitaire d?j? catastrophique. ? Il ne s’agit pas seulement d’une crise congolaise, mais d’une crise r?gionale ?, a d?clar? le ministre togolais des Affaires ?trang?res, Robert Dussey, ? Paris. ? C’est un ?chec collectif de la communaut? internationale ? garantir la paix et la dignit? humaine, qui devraient ?tre des droits fondamentaux. ?

DES PROMESSES AUDACIEUSES SOUS LE CONTRAIRE

Lors de la conf?rence, le pr?sident fran?ais Emmanuel Macron a annonc? la mobilisation de 1,5 milliard d’euros (1,74 milliard de dollars am?ricains) d’aide internationale pour faire face ? l’urgence humanitaire. Il s’est engag? ? fournir de la nourriture et des m?dicaments, ? rouvrir l’a?roport de Goma aux vols humanitaires et ? ?tablir des couloirs humanitaires s?curis?s. Mais cette d?claration audacieuse a rapidement suscit? un certain scepticisme.

Dans la province du Nord-Kivu, l’a?roport de Goma reste sous le contr?le des rebelles du M23.qui ont fait de cette ville de plus d’un million d’habitants l’un de leurs principaux bastions dans l’est de la RDC. ? L’a?roport de Goma est entre les mains des autorit?s du M23? On ne peut pas rouvrir un a?roport depuis Paris ?, a d?clar? le Rwandais Nduhungirehe lors de la conf?rence. Quelques heures plus tard, le M23 a r?agi, qualifiant l’annonce de Macron d’? inopportune, d?connect?e des r?alit?s du terrain et faite sans consultation pr?alable ?. Face aux critiques, Barrot a pr?cis? que cette initiative s’inscrivait dans un processus diplomatique en cours.

? Cette conf?rence internationale a permis d’acc?l?rer les discussions sur cette question (la r?ouverture de l’a?roport de Goma), qui se poursuivront sous m?diation qatarie, avec un nouvel ?lan qui commence ici, depuis Paris ?, a d?clar? le ministre fran?ais des Affaires ?trang?res aux journalistes. La question, selon Barrot, sera abord?e dans le cadre du processus de Doha, canal de communication actif entre Kinshasa et les rebelles sous m?diation qatarie.

Le porte-parole du gouvernement de la RDC, Patrick Muyaya, a d?clar? que la r?ouverture de l’a?roport de Goma n’aurait lieu ? qu’avec l’autorisation des autorit?s congolaises et exclusivement pour les vols humanitaires de jour ?. Lors d’une visite de correspondants de Xinhua ? l’a?roport de Goma en septembre, des signes d’abandon ?taient manifestes. Les mauvaises herbes avaient envahi le parking, contrastant fortement avec l’activit? intense qui caract?risait autrefois ce carrefour du trafic a?rien national et international. Malgr? un nettoyage limit? effectu? par les Nations Unies en d?but d’ann?e, des fragments d’?quipement militaire jonchaient encore le tarmac.

LA M?FIANCE AGITE UN CONTEXTE D?LICAT.

Au-del? des promesses d’aide et de corridors s?curis?s, la conf?rence de paix a cherch? ? renforcer les efforts de m?diation en cours. Cependant, la confiance mutuelle entre les parties rivales demeure fragile. Barrot a d?clar? que ? la r?ponse humanitaire ? elle seule ne suffit pas ?. Pourtant, tant sur le terrain que dans les cercles diplomatiques, la m?fiance ne cesse de s’aggraver. ? Les pourparlers de Doha marquent le d?but de la fin politique du M23 ?, a d?clar? le porte-parole du gouvernement de la RDC, Patrick Muyaya, lors d’une interview accord?e aux m?dias mercredi. Ses propos ont suscit? une vive r?primande de Benjamin Mbonimpa, l’un des principaux n?gociateurs du M23 aupr?s du gouvernement congolais ? Doha : ? M?me les Qataris, pourtant r?put?s pour leur habilet? ? mener des m?diations complexes, sont stup?faits par le comportement de la d?l?gation congolaise.

C’est tout simplement surr?aliste. ? De nouveaux combats ont ?clat? jeudi dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, o? les rebelles du M23 auraient repris le contr?le de la ville strat?gique de Ndete. Selon des sources s?curitaires cit?es par les m?dias locaux, plusieurs personnes ont ?t? tu?es et la situation demeure instable. Le contr?le de Ndete pourrait permettre aux rebelles de progresser plus profond?ment dans la province. Les tensions diplomatiques se sont encore exacerb?es lorsque, ? Paris, le ministre rwandais des Affaires ?trang?res a accus? Kinshasa de ? violations quotidiennes du cessez-le-feu ? par des frappes a?riennes et des attaques de drones contre des positions du M23.

En r?ponse, Tshisekedi a insist? sur le fait que la crise d?coule des ? actions militaires du M23, soutenues logistiquement, financi?rement et op?rationnellement ? par le Rwanda. ? Toute paix durable doit commencer par la fin de l’occupation du territoire de la RDC ?, a d?clar? le pr?sident de la RDC. Sur le plan humanitaire, la situation demeure catastrophique. Selon les Nations Unies, plus de 2,4 millions de personnes ont ?t? d?plac?es depuis janvier 2025, portant le nombre total de personnes d?plac?es ? l’int?rieur du pays ? pr?s de six millions. Environ un million de Congolais ont fui vers les pays voisins, tandis que 27 millions de personnes sont d?sormais confront?es ? l’ins?curit? alimentaire.

KINSHASA, 31 oct. (Xinhua)

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