L??lection pr?sidentielle de 2025 s?annonce comme une ?ch?ance capitale pour l?avenir de la C?te d?Ivoire. Pourtant, ? mesure qu?approche le scrutin, l?opposition semble d?sorient?e, divis?e, incapable de parler d?une seule voix.

Le rejet ? injuste et juridiquement contestable ? de la candidature de Laurent Gbagbo par le Conseil constitutionnel avait suscit? une vive attente: quelle consigne allait-il donner ? Qui allait-il soutenir pour faire barrage ? Alassane Dramane Ouattara, dont la candidature reste sujette ? caution ?
Gbagbo n?a pas tard? ? r?pondre. L?ancien pr?sident a annonc? qu?il ne soutiendrait aucun des candidats retenus, y compris deux figures majeures issues de son propre camp: Simone Ehivet et Ahoua Don Mello. Une d?cision qui a ?t? v?cue comme une douche froide, tant par certains militants du PPA-CI que par les partisans du rassemblement ? gauche.
Ces Ivoiriens attendaient autre chose de Laurent Gbagbo. D?autant que, le 22 ao?t 2023, il affirmait que, « pour un parti politique, aller aux ?lections m?me avec des fraudes est mieux que ne pas y aller ? cause des fraudes », car c?est en participant qu?on peut mieux les d?noncer et les combattre. Beaucoup pensaient donc que le pr?sident du PPA-CI allait faire contre mauvaise fortune bon c?ur, et appeler ? soutenir les candidats de gauche ? ne serait-ce que pour pr?server un minimum de coh?rence politique.
C?est dans ce contexte que Don Mello a commis ce que d?aucuns consid?rent comme une faute strat?gique: d?clarer qu?il confiait sa candidature, entre autres, ? Affi N?Guessan, Tidjane Thiam et? Laurent Gbagbo lui-m?me.
Une d?claration maladroite, un oubli regrettable
Pour de nombreux pro-Gbagbo, cette sortie fut une provocation inutile, un signe de d?pendance persistante, voire un aveu de faiblesse. Ils rappellent que Don Mello a souvent dit qu?il n?y avait pas d?autre plan que Gbagbo et que ce dernier avait le meilleur profil.
Je dois avouer que, moi aussi, j?ai ?t? troubl? par les propos de Don Mello, parce qu?ils donnent l?impression que l?enfant de Bongouanou peine ? s?assumer pleinement, qu?il cherche encore une tutelle morale ou politique, au lieu d?endosser son r?le de leader. Or, ? ce stade de l?histoire, plus personne ne peut mener une campagne pr?sidentielle par procuration. Et surtout pas en se r?clamant d?un homme qui a clairement choisi de rester en retrait.
Pire encore, Don Mello a choisi de confier sa candidature ? Affi, Thiam et Gbagbo, sans m?me avoir un mot de reconnaissance pour Charles Bl? Goud? qui, ? visage d?couvert, le soutient et mouille le maillot pour lui. Ce silence est une faute politique et humaine. Dans une campagne pr?sidentielle, on ne peut se permettre d?ignorer ceux qui s?engagent ? vos c?t?s quand vous en avez le plus besoin. La loyaut? doit ?tre r?ciproque, et la gratitude, publique.
L?heure est venue de s??manciper
S?il veut ?tre cr?dible, Ahoua Don Mello doit maintenant compter sur lui-m?me. Il doit arr?ter de se cacher derri?re le nom de Gbagbo et affirmer sa propre vision, son propre programme, son propre courage. Comme le dit le proverbe africain, « une m?re avis?e ne compte pas sur la cuisine de sa voisine pour nourrir ses enfants. » Don Mello doit donc prendre ses responsabilit?s, mobiliser ses propres ressources humaines, financi?res et politiques. Cela signifie: mettre en place une ?quipe de campagne solide, nommer des repr?sentants locaux, leur donner tous les moyens n?cessaires, occuper le terrain, aller ? la rencontre des Ivoiriens, surtout dans un contexte o? le temps presse. Le peuple ne votera pas pour un souvenir ni pour un nom: il votera pour un projet, un espoir, une solution.
Une rencontre n?cessaire avec Simone Gbagbo
Mais surtout, s?il est vraiment s?rieux dans sa volont? de repr?senter une alternative, Don Mello doit rencontrer Simone Gbagbo. Il est temps de mettre de c?t? les rivalit?s pass?es, les petites querelles de leadership. L??chec de Gbagbo ? se repr?senter devrait logiquement pousser toutes les forces de gauche ? s?unir. Il ne peut pas y avoir de victoire contre Ouattara sans une coalition solide, cr?dible et port?e par des visages compl?mentaires.
Simone Gbagbo est une femme de terrain, connue et respect?e, surtout dans les bastions historiques de la gauche. Don Mello, quant ? lui, incarne une technocratie comp?tente, un certain renouveau. Ensemble, ils pourraient constituer un bin?me strat?gique, capable de s?duire diff?rentes couches de la soci?t? ivoirienne. Mais cela suppose un dialogue franc, une volont? de construire ensemble, et non de s?ignorer ou se concurrencer st?rilement.
Pendant que l?opposition se cherche, le pouvoir en place se renforce. Ouattara, malgr? la contestation de sa l?gitimit?, dispose d?un appareil d??tat puissant, d?un Conseil constitutionnel ? ses ordres et, surtout, du luxe d?observer ses adversaires s??parpiller. Il sait que l??parpillement de l?opposition est sa meilleure chance de victoire et il n?a, pour le moment, aucun adversaire s?rieux uni derri?re une banni?re unique.
L?unit? ou l?oubli
La pr?sidentielle de 2025 est une ?preuve de maturit? pour l?opposition. Don Mello ne peut plus se contenter de slogans ou de r?f?rences ? son pass? de camarade de Gbagbo. Il doit s?assumer, f?d?rer, et surtout agir. Il doit remercier publiquement ceux qui le soutiennent, s??manciper de toute tutelle symbolique, et surtout b?tir une alliance forte avec Simone Gbagbo. Car, sans union, il n?y aura ni victoire, ni m?me de v?ritable opposition. La politique, c?est la clart?, la reconnaissance, et le courage. Il est temps que Don Mello montre qu?il les poss?de.
Jean-Claude DJEREKE