La sc?ne politique camerounaise en mouvement

Depuis quelques jours, la politique camerounaise, longtemps fig?e dans l?immobilisme, s?anime enfin.

Ce fr?missement trouve son origine dans ce que l?on peut appeler une acc?l?ration de la vie politique, amorc?e par la d?mission de deux figures longtemps per?ues comme des piliers du syst?me : Bello Bouba Maigari et Issa Tchiroma Bakary. Cet acte n?est pas isol?. Il traduit la pression exerc?e par les populations du Nord, qui leur ont clairement signifi? : ? si vous restez encore avec ceux de Yaound?, nous ne serons plus avec vous ?. Une rupture nette, qui sonne comme une volont? d?en d?coudre avec la mis?re ? une dynamique comparable ? celle amorc?e par les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest dans leur confrontation avec le r?gime, pour des revendications diff?rentes.

Cette recomposition s?inscrit dans une s?quence o? le Conseil constitutionnel, en ?liminant Maurice Kamto de la course, a rebattu les cartes. Son exclusion a ouvert la voie ? un nouveau r?cit : celui de l?opposition unie qui, au-del? des ambitions individuelles, veut transformer l??lection ? venir en un r?f?rendum contre le r?gime de Paul Biya. Pour la premi?re fois depuis longtemps, les opposants ne se limitent plus aux invectives et aux querelles personnelles. Ils envisagent la possibilit? d?une coalition o? chacun apporterait une valeur ajout?e : Bello Bouba, interlocuteur privil?gi? du syst?me, capable d?obtenir ce qu?aucun autre opposant ne pourrait arracher ; Issa Tchiroma, tribun ?nergique et mobilisateur, pr?t ? contester une fraude ?ventuelle ; Akere Muna, l?homme du r?seau international, ? m?me de plaider la cause du Cameroun sur la sc?ne mondiale ; Maurice Kamto, incarnation vivante des limites d?un syst?me verrouill? et non d?mocratique, mais aussi catalyseur d?une mobilisation massive dans le grand Sud.

Ce souffle nouveau n?est pas seulement port? par les acteurs politiques. Il s?alimente aussi de l?entr?e en sc?ne de la soci?t? civile, avec des collectifs d?intellectuels qui ont os? demander au pr?sident Biya de ne pas se repr?senter. D?sormais, universitaires, journalistes, artistes et citoyens s?invitent ? la conversation et rencontrent directement les candidats et p?sent sur les choix. En revanche, les administratifs, eux, restent fig?s, silencieux, r?duits au r?le de spectateurs passifs.

Cette ?volution marque un tournant : la fin des discours brutaux et st?riles, l??mergence d?une nouvelle mani?re non seulement de faire la politique, mais aussi de la vivre. Mais ce mouvement ne pourra s?amplifier que si ceux qui se sont volontairement tenus ? l??cart ou qui ont ?t? r?duits au silence par ?devoir de r?serve? d?cident de s?impliquer.

Car il y a urgence ? briser une habitude dangereuse : ce que j?appelle le ? singularisme ?. Cette attitude consiste ? n?attendre du pays qu?un b?n?fice individuel le salaire en fin de mois, le petit avantage personnel tout en laissant aux autres le soin de porter les luttes collectives. Dans ce mod?le, chacun suit son propre ?dossier? au minist?re et se d?solidarise des combats communs. C?est le r?gne du ? moi seul ?, du confort ?go?ste et ingrat.

? l?inverse, nous devons r?habiliter le ? solidarisme ? : la conviction que le Cameroun, c?est nous. Dans nos traditions, il n?existe pas de d?cision concernant le village sans la convocation de tous. Chez les B?ti, cela prend la forme de l?ess?g, espace de d?mocratie participative o? chacun a voix au chapitre. Il est temps d?inventer ses ?quivalents modernes, pour que chaque Camerounais se sente comptable du destin de la cit?.

Car la politique, au fond, n?est rien d?autre que la gestion collective des affaires communes. Et comment comprendre que nous envoyions nos enfants ? l??cole dans une cit? que nous avons abandonn?e ? ceux dont nous savons l?incapacit? ? Attendre qu?un petit groupe d?opposants porte seul le fardeau du changement est une abdication. Le changement du Cameroun n?est pas l?affaire des seuls opposants : il est la responsabilit? de chacun.

Nous devons donc transformer la politique en une culture citoyenne de participation. Non pas seulement une utilit?, mais une habitude, un r?flexe, une mani?re de faire la politique ensemble. C?est de cette mani?re seulement que nous obtiendrons le changement pour le bien de tous dans notre pays que nous devons r?inventer cette ann?e.

Jean Pierre Bekolo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

WP Radio
WP Radio
OFFLINE LIVE
Retour en haut