J?r?mie Mbainodji Dakole: ? pour que cette d?claration d?passe le symbole, elle doit s?accompagner de mesures op?rationnelles claires et suivies ?

Pour le Tchadien, internationaliste et ancien consultant du Programme des Nations unies pour le d?veloppement (PNUD), la feuille de route du pr?sident Denis Sassou Nguesso devrait incarner une v?ritable rupture.

Merci de vous exprimer dans les colonnes d?Int?gration. La d?claration de Denis Sassou Nguesso ? Bangui le 10 septembre 2025, annon?ant la mise en place d?un m?canisme concret pour faciliter la libre circulation des personnes et des biens au sein de la CEMAC, a fait beaucoup de bruit. Quelle est votre premi?re analyse sur cette annonce ?

Merci ? vous. ? premi?re vue, cette d?claration est un signal fort en faveur de l?int?gration r?gionale. La libre circulation est un pilier fondamental de la CEMAC. Son absence effective a longtemps frein? le commerce intra-r?gional, la mobilit? professionnelle et les investissements. Sur le plan symbolique, le fait que Sassou Nguesso choisisse Bangui ? capitale d?un pays p?riph?rique mais strat?gique dans la zone ? montre son intention de replacer la libre circulation au c?ur de l?agenda communautaire.
Cependant, il faut rappeler que ce n?est pas la premi?re fois que la CEMAC annonce des mesures dans ce sens. Depuis sa cr?ation en 1994, plusieurs initiatives ont ?t? mises sur la table : le passeport communautaire, la r?duction progressive des barri?res douani?res et l?harmonisation des taxes. Dans la pratique, ces initiatives ont souvent ?t? frein?es par des divergences politiques entre ?tats membres et par la faiblesse des infrastructures. Certains pays ont continu? ? privil?gier la protection de leurs march?s locaux, ce qui a cr?? des disparit?s et limit? l?effet r?el de ces politiques. L?annonce de Sassou Nguesso peut donc ?tre vue comme une tentative de revitaliser un processus longtemps stagnant, mais la question cl? demeure : verra-t-on des r?sultats tangibles sur le terrain ?

Pensez-vous que cette d?claration puisse se traduire en mesures concr?tes ? court terme ?

C?est exactement ? ce niveau que se situe le d?fi. Pour que cette d?claration d?passe le symbole, elle doit s?accompagner de mesures op?rationnelles claires et suivies. Historiquement, sous les pr?c?dents mandats de Sassou Nguesso ? la t?te de la CEMAC, plusieurs initiatives similaires avaient ?t? annonc?es, mais leur mise en ?uvre a souvent ?t? limit?e. Les obstacles n??taient pas seulement administratifs, mais aussi politiques : la coordination entre ?tats membres est complexe, et la volont? r?elle des gouvernements de r?duire leurs barri?res nationales reste variable.
? court terme, plusieurs conditions doivent ?tre r?unies : premi?rement, un accord clair sur les r?gles de circulation et les documents exig?s pour les personnes et les biens. Deuxi?mement, la simplification des proc?dures douani?res et migratoires, encore aujourd?hui un frein majeur. Troisi?mement, la communication aupr?s de la population et des acteurs ?conomiques, afin qu?ils comprennent leurs droits et obligations. Sans ces ?l?ments, le m?canisme risque de rester th?orique. Enfin, un suivi ind?pendant, capable d?identifier les blocages et de proposer des ajustements, sera essentiel pour transformer cette d?claration en action concr?te.

Quels obstacles concrets voyez-vous ? la mise en place de ce m?canisme ?

Les obstacles sont multiples. Sur le plan juridique, chaque ?tat membre poss?de ses propres r?glementations, souvent contradictoires avec les directives communautaires. Harmoniser ces r?gles demandera du temps et une volont? politique forte. Sur le plan s?curitaire, certains pays craignent que la libre circulation facilite la criminalit? transfrontali?re, notamment le trafic de biens et les d?placements irr?guliers. Enfin, les infrastructures restent un d?fi majeur : routes inad?quates, postes frontaliers sous-?quip?s, syst?mes informatiques obsol?tes. Si ces aspects ne sont pas trait?s simultan?ment, la libre circulation restera un id?al difficile ? atteindre.

Qu?en est-il de l?impact pour les entreprises et les citoyens ?

L?impact pourrait ?tre significatif si le m?canisme est r?ellement op?rationnel. Les entreprises b?n?ficieraient d?une r?duction des co?ts logistiques, d?une meilleure planification des exportations et d?une int?gration plus fluide dans un march? r?gional plus vaste. Pour les citoyens, cela pourrait faciliter les d?placements pour le travail, le commerce ou les ?tudes, et renforcer le sentiment d?appartenance ? une communaut? r?gionale. Mais pour que ces b?n?fices se concr?tisent, il faudra que les proc?dures soient simples, rapides et fiables. Sans cela, le m?canisme risque de cr?er plus de confusion que d?avantages.

Selon vous, quelles seraient les ?tapes cl?s pour r?ussir cette initiative ?
Plusieurs ?tapes sont cruciales. D?abord, harmoniser les r?glementations douani?res et migratoires des ?tats membres. Ensuite, moderniser les infrastructures frontali?res et digitaliser les contr?les pour r?duire les d?lais et la corruption. Parall?lement, il faudra sensibiliser la population et les acteurs ?conomiques aux nouvelles proc?dures. Enfin, un dispositif de suivi ind?pendant permettra d??valuer les progr?s et de corriger les obstacles en temps r?el. Ces ?tapes, si elles sont suivies de mani?re rigoureuse, pourraient transformer cette initiative en v?ritable succ?s pour l?int?gration r?gionale.

Certains observateurs rappellent le passif de Sassou Nguesso sur ces questions. Comment analysez-vous ce point ?

Ce passif existe, c?est vrai. Lors de ses pr?c?dents mandats, plusieurs initiatives ambitieuses avaient ?t? lanc?es pour la libre circulation, mais elles ont ?t? partiellement mises en ?uvre. Les intentions ?taient souvent louables, mais la complexit? politique et technique a limit? leur efficacit?. Il ne s?agit pas d?un ?chec volontaire, mais d?un manque de pr?paration face aux obstacles r?els. Aujourd?hui, les attentes sont plus fortes, et la pression ?conomique et sociale sur la r?gion pourrait cr?er un contexte plus favorable pour des actions concr?tes.

Comment ?valuez-vous le symbolisme politique de cette d?claration pour la CEMAC ?

Le symbole est fort. Sassou Nguesso envoie un message politique : la CEMAC peut et doit relancer l?int?gration r?gionale. Cela renforce sa l?gitimit? en tant que leader capable de proposer des solutions concr?tes aux d?fis ?conomiques et sociaux. Mais il faut rester prudent : les paroles doivent ?tre suivies d?actions concr?tes pour avoir un impact r?el sur le quotidien des populations.

En conclusion, peut-on parler d?un tournant pour l?int?gration r?gionale?

Potentiellement, oui, mais avec prudence. Les paroles du pr?sident Sassou Nguesso sont encourageantes et montrent une volont? politique de relancer l?int?gration. Cependant, la CEMAC a trop souvent connu des promesses non tenues pour ne pas rester vigilants. Le v?ritable test sera la capacit? des ?tats membres ? transformer ces paroles en mesures concr?tes, efficaces et durables. Si cela se produit, nous pourrions assister ? une avanc?e significative vers une int?gration r?elle. Sinon, il s?agira d?un ?ni?me ?pisode de rh?torique symbolique, sans impact tangible sur le quotidien des populations et des entreprises.

Propos rassembl?s par
Jean-Ren? Meva?a Amougou

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