Marquer un tournant historique en r?unissant, pour la premi?re fois, les deux principales organisations r?gionales. Mais le projet, annonc? en grande pompe, s?est ?vanoui dans les limbes diplomatiques.

L?annonce avait ?t? accueillie comme une avanc?e historique. Pour la premi?re fois, la Communaut? ?conomique des ?tats de l?Afrique centrale (CEEAC) et la Communaut? ?conomique et mon?taire de l?Afrique centrale (CEMAC) devaient se retrouver autour d?une m?me table, sous la forme d?un sommet conjoint.
L??v?nement, pr?vu de longue date et pr?sent? comme ? une ?tape vers l?unit? ?, devait symboliser la volont? de d?passer les doublons institutionnels et de L?annonce avait ?t? accueillie comme une avanc?e historique. Pour la premi?re fois, la Communaut? ?conomique des ?tats de l?Afrique centrale (CEEAC) et la Communaut? ?conomique et mon?taire de l?Afrique centrale (CEMAC) devaient se retrouver autour d?une m?me table, sous la forme d?un sommet conjoint. L??v?nement, pr?vu de longue date et pr?sent? comme ? une ?tape vers l?unit? ?, devait symboliser la volont? de d?passer les doublons institutionnels et de donner ? l?Afrique centrale une voix plus forte sur la sc?ne continentale. Annonc? en juin 2025, puis report? en juillet de la m?me ann?e. Et? blackout. Le sommet conjoint CEEAC -CEMAC devait pourtant clarifier de nombreux chevauchements et poser les jalons d?une meilleure articulation, voire d?une fusion progressive des deux institutions. Les chefs d??tat avaient ?t? annonc?s, les chancelleries mobilis?es, et les diplomates ?voquaient d?j? une ? r?volution de la gouvernance r?gionale ?.
Mais, ? chaque fois, tout s?est effondr?. Pas d?accord sur le lieu, pas d?accord sur la pr?sidence, pas m?me un communiqu? commun pour sauver les apparences. Le projet a ?t? renvoy? aux calendes grecques, victime de la m?fiance mutuelle et des rivalit?s politiques. A en croire plusieurs sources concordantes, les querelles protocolaires, les luttes de pr?s?ance et les pressions de certaines capitales ont fini par tout bloquer. R?sultat : le projet s?est arr?t?, et renvoy? sine die. Selon un habitu? des grands raouts diplomatiques en Afrique centrale, le premier n?ud de discorde fut? protocolaire. Qui devait pr?sider le sommet conjoint ? Le pr?sident en exercice de la CEEAC ou celui de la CEMAC ? Un compromis de co-pr?sidence fut ?voqu?, mais jamais act?.
Deuxi?me pomme de discorde : le lieu. Bangui plaidait pour accueillir l??v?nement, pour symboliser la reconstruction d?un pays longtemps fragilis?. Libreville et Yaound? jugeaient ce choix risqu? sur le plan logistique et s?curitaire.
Enfin, les capitales se sont affront?es sur les postes strat?giques. ? Chacun voulait placer ses hommes dans la future architecture institutionnelle ?, glisse un diplomate tr?s introduit. R?sultat : blocage total. ? Le sommet n?a pas ?t? annul? officiellement. Il a simplement? disparu de l?agenda ?, ironise-t-on dans les couloirs des instances impliqu?es dans l’organisation. ? Derri?re cet ?chec, se profilent les rivalit?s entre chefs d??tat. Qui pr?sidera un sommet conjoint ? Quelle capitale abritera un secr?tariat fusionn? ? ? qui reviendra le dernier mot en mati?re de s?curit?, d??conomie, de diplomatie ? Dans une sous-r?gion o? chaque pouvoir tient ? sa parcelle d?influence, ces questions se r?v?lent explosives. L?absence de consensus t?moigne moins d?un manque de moyens que d?une incapacit? chronique ? d?passer les ?gos nationaux ?, renseigne une source proche du dossier.
Le prix de l’immobilisme
Et pourtant, l’agenda ?tait ?pais de trois grands dossiers : La rationalisation institutionnelle (fusion des secr?tariats, clarification des mandats) ; la coordination des politiques ?conomiques et s?curitaires et la pr?paration d?une ?ventuelle fusion ? moyen terme.
Pour les citoyens, cet avortement a un co?t r?el. L?Afrique centrale reste la r?gion la moins int?gr?e du continent, malgr? d?innombrables d?clarations d?intention. Les barri?res commerciales persistent, la libre circulation est al?atoire, et les projets communs sont rares. Le sommet manqu? n?est pas seulement une affaire de diplomates : ? il prolonge un statu quo qui bride le potentiel ?conomique et retarde la r?ponse collective aux d?fis s?curitaires ?, glisse Mansar Hobat?. ? C’est une occasion perdue au moment o? l?Afrique centrale est confront?e aux menaces du terrorisme, ? la crise climatique et ? une marginalisation croissante dans le commerce mondial, l?absence d?unit? r?gionale sonne comme une occasion tragiquement manqu?e.
L?histoire retiendra que la CEEAC et la CEMAC avaient une chance unique de d?passer leurs querelles pour offrir ? la sous-r?gion un cadre de gouvernance coh?rent. Elles ont choisi de la laisser passer ?, regrette le Tchadien. Il poursuit : ? Depuis trente ans, la CEEAC et la CEMAC coexistent comme deux locomotives sur la m?me voie ferr?e. R?sultat : elles s?immobilisent plus qu?elles n?avancent. Et si cela persiste, en permettant aux structures continuent de se neutraliser, c?est tout le projet d?int?gration qui risque de s?enliser ?.
Jean Ren? Meva’a Amougou