Au commissariat central du chef-lieu du d?partement du Nyong-et-So?o (r?gion du Centre), la r?alit? alimente un paradoxe qui interroge sur la responsabilit? des usagers.

C?est un matin ordinaire lorsque l??quipe du journal Int?gration se rend dans cette petite ville situ?e ? une cinquantaine de kilom?tres de la capitale. Le centre de production de la CNI (Carte nationale d?identit?) y avait ?t? install? pour d?sengorger Yaound? et rapprocher le service des populations rurales. Mais le constat est amer : si les cartes sont bel et bien produites, elles ne sont pas retir?es. Dans les couloirs du commissariat, des piles de cartes attendent leurs propri?taires depuis parfois plusieurs mois. ? Vous n?gligez ce que des gens supplient d?obtenir ? Yaound? ?, s?emporte J?r?me, un usager venu sp?cialement v?rifier la disponibilit? de sa pi?ce. Lui-m?me avoue avoir cru ? une rumeur avant de constater de visu l?ampleur du ph?nom?ne.
Les policiers, eux, peinent ? cacher leur exasp?ration. ? Vous accusez souvent la police de lenteur, mais la v?rit? est que beaucoup de cartes sont abandonn?es. Ici, certaines dorment depuis trois mois ?, l?che un officier, avant de rabrouer un habitant du quartier venu timidement chercher sa carte.
La proc?dure semble pourtant simple. ? Enr?lez-vous dans un cyber de la place, indique un agent. Revenez ensuite nous informer de votre passage. Parfois, le m?me jour, vous pouvez d?j? obtenir votre CNI. Mais ne l?abandonnez pas comme les autres ?, insiste-t-il.
Dans la salle d?attente, un autre policier mart?le inlassablement son message : ? Venez retirer vos cartes, s?il vous pla?t. Apr?s l??tablissement, passez deux jours plus tard v?rifier. Nous sommes d?bord?s. ? Puis, dans un ton plus ferme, il ajoute : ? Quand ils seront arr?t?s pour d?faut de CNI, ils viendront se plaindre. Mais nous faisons notre travail ?. Selon les agents, seuls les nouveaux bacheliers, contraints de pr?senter leur CNI pour l?inscription ? l?universit?, se montrent vraiment assidus. Les autres laissent tra?ner, oubliant que ce document reste le premier s?same d?existence administrative au Cameroun.
? Mbalmayo, ce paradoxe r?v?le un probl?me moins technique que comportemental : l?incapacit? des citoyens ? retirer ? temps ce qu?ils ont pourtant r?clam? avec insistance. Pendant que des centaines de CNI prennent la poussi?re, la file d?attente s?allonge ailleurs, alimentant les critiques contre un syst?me d?j? fragilis?.
Andr? Gromyko Balla